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Trump et La servante écarlate

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Même si on n’a jamais vu un seul épisode de La servante écarlate, impossible de ne pas en avoir entendu parler. La deuxième saison de la série est disponible depuis quelques jours, la première saison est disponible en français sur Illico.

Cette série basée sur le livre de la Canadienne Margaret Atwood se déroule à Gilead, une société patriarcale, religieuse, totalitaire où les droits des femmes sont bafoués. Ce qui me chicote, c’est que les observateurs n’arrêtent pas de nous dire : « Regardez à quel point c’est prémonitoire de l’Amérique de Trump ».

Heu, excusez-moi, mais il y a plusieurs pays dans le monde où la situation des femmes est largement pire qu’aux USA, et depuis bien avant l’arrivée de Trump, non ?

PIRE QUE LES AYATOLLAHS ?

C’est bizarre, mais quand je pense à une « dictature religieuse totalitaire », je pense à l’Iran, où les femmes qui ne portent pas le voile sont arrêtées et emprisonnées par la police des mœurs. Je pense à l’Arabie saoudite, où les femmes n’ont pas le droit de sortir de chez elle, de travailler, d’étudier ou de recevoir de services médicaux sans l’autorisation d’un gardien mâle.

Quand je pense aux droits des femmes bafoués, je pense à l’Irlande ou la Pologne, où le droit à l’avortement n’est pas encore conquis.

Je pense aux pays d’Afrique où les petites filles se font retirer le clitoris avec des lames de rasoir. Je pense aux infanticides de bébés de sexe féminin dans les sociétés où les enfants mâles sont plus valorisés.

Dans le fond, Gilead existe déjà. Pas aux USA, mais dans 101 pays à travers le monde. Ce serait bien que les féministes qui capotent sur la série s’ouvrent un peu les yeux à la réalité des femmes qui souffrent ailleurs sur la planète.

C’est quand même amusant que les féministes de 2018 voient en Gilead une prémonition de ce qui attend l’Amérique de Trump, mais qu’elles ne disent pas un mot sur les dictatures patriarcales qui fleurissent en ce moment même aux quatre coins du globe.

Parlez aux femmes indiennes victimes de viols collectifs. Pour elles, La Servante écarlate n’est pas une fiction, une dystopie. Dans des dizaines de coins du globe, un pays totalitaire misogyne, ce n’est pas une série que l’on regarde à la télé en sirotant un verre de Chardonnay bio dynamique, en portant un bonnet de laine rose en forme d’oreille de chat sur la tête : c’est la réalité de tous les jours.

UNDER HIS EYE

Dans La servante écarlate, une expression revient souvent : « Under his eye », sous son regard. Tout le monde est observé, écouté tout le temps, les propos dissidents sont interdits.

Margaret Atwood raconte qu’elle a écrit son livre, en 1985, après des voyages dans des pays du rideau de fer (Tchécoslovaquie, Allemagne de l’Est). « J’ai fait l’expérience de la méfiance, des silences, des changements subits de conversation. J’ai senti ce que ça fait que d’avoir l’impression d’être espionnée, j’ai vu les moyens détournés que trouvent les gens pour faire passer des informations, et tout cela a influencé mon écriture », a-t-elle expliqué au New York Times.

En cette ère de rectitude politique, où on engage même des militants anti-rumeurs, vous ne trouvez pas que ça, ça ressemble à ce que décrit Atwood dans son livre ?