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Un roman qui va faire son chemin

Willy Vlautin
Photo courtoisie Willy Vlautin

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Si vous n’avez pas encore lu les romans de l’écrivain américain Willy Vlautin, n’attendez plus : La route sauvage vaut largement le détour.

Lean on Pete, le troisième roman de Willy Vlautin, a déjà été publié en français sous le titre de Cheyenne en automne. Un livre qu’on n’a pas eu la chance de lire en 2012 et qu’on découvre seulement aujourd’hui, les Éditions Albin Michel ayant eu le flair d’en reprendre la traduction et de le rebaptiser La route sauvage juste avant la sortie du film éponyme qui vient de prendre l’affiche (avec Charlie Plummer, Steve Buscemi et Travis Fimmel au générique !).

Ayant particulièrement aimé Motel life, Plein nord et Ballade pour Leroy, trois livres coups-de-poing qui ont réussi à nous marquer très longtemps, on savait donc déjà de quoi cet écrivain originaire du Nevada était capable : nous tenir en haleine d’un bout à l’autre en mettant en scène des personnages dont le quotidien est si noir qu’on se dit qu’il ne peut rien leur arriver de pire... avant de comprendre que c’est loin d’être le cas.

« J’ai beaucoup pleuré en écrivant La route sauvage parce que Charley, le héros du livre, sera face à des situations tellement dures que j’aurais parfois voulu lui donner quelques courts moments de répit », avoue d’emblée Willy Vlautin, qui vit depuis bon nombre d’années dans une petite ville située au nord de Portland, dans l’Oregon. Une petite ville qui, selon lui, ressemble étrangement à Twin Peaks, les good looking people en moins ! « Lorsqu’on touche le fond et qu’on est désespéré, on finit forcément par traîner avec des gens désespérés, ajoute-t-il. Ils peuvent être utiles, mais ils peuvent également être aussi imprévisibles que dangereux... »

<i>La route sauvage</i></br>
Willy Vlautin, aux Éditions Albin Michel, 320 pages</br>
En librairie le 16 mai
Photo courtoisie
La route sauvage
Willy Vlautin, aux Éditions Albin Michel, 320 pages
En librairie le 16 mai

Monter sur ses grands chevaux

Dès le départ, Willy Vlautin a tenu à ce que Charley Thompson ait 15 ans, un âge qu’il a personnellement trouvé particulièrement pénible, « car si on est assez vieux pour commencer à savoir ce qu’on veut dans la vie, il faut encore attendre un an avant de pouvoir légalement se trouver un travail ou passer son permis de conduire. Du coup, on n’a aucun pouvoir et ce sont les parents qui prennent toujours toutes les décisions. »

Alors qu’il aurait préféré rester à Spokane, où il avait une place assurée dans l’équipe de football américain du lycée, Charley n’aura donc pas d’autre choix que de déménager à Portland sitôt les classes terminées, son père cariste y ayant trouvé un nouveau boulot. Et à peine arrivé, il sera une fois de plus presque entièrement livré à lui-même, Ray Thompson pouvant disparaître pendant des jours en ne lui laissant que quelques dollars pour s’acheter de quoi manger. Ce qui, d’une certaine façon, lui permettra de se débrouiller tant bien que mal quand son père disparaîtra pour de bon à la suite d’un tragique événement.

La maison dans laquelle ils ont tous deux brièvement vécu se trouvant non loin de l’hippodrome de Portland Meadows, Charley parviendra en effet à se faire embaucher au noir par un vieux dresseur de chevaux alcoolo souvent à crins. Un job de misère qui lui offrira à la fois un endroit où dormir (dans un placard de l’écurie) et la chance de s’évader mentalement, intégrer l’étrange milieu des courses hippiques étant en soi un travail à temps plein. Mais en s’attachant rapidement à Lean on Pete, un Quarter horse usé courant tout droit vers l’abattoir, Charley finira par galoper au-devant des ennuis... en fuyant avec lui au Wyoming dans l’espoir insensé de retrouver sa tante Margy, dont il n’a pas eu la moindre nouvelle depuis quatre ans.

Surmonter l’indicible

« Après m’être installé aux environs de Portland, j’ai fréquenté pendant près de 15 ans les champs de courses, et c’est comme ça que peu à peu, j’ai fini par en découvrir les dessous, explique Willy Vlautin. Le métier de jockey est extrêmement dangereux et seuls les meilleurs sont traités décemment. Il en va de même pour les chevaux et au lieu de continuer à miser sur eux, j’ai préféré en tirer un livre. Écrire m’aide à surmonter les choses qui me dépassent ou qui m’irritent profondément et en racontant l’histoire de Charley, j’ai pu m’étendre sur deux d’entre elles : les raisons qui m’ont poussé à délaisser les courses de chevaux et la détresse d’un gamin de 15 ans sans pouvoir qui ne pourra compter sur personne d’autre que lui. »

Et même s’il n’a jamais été très bon à l’école – à tel point qu’il ne pensait pas un jour pouvoir devenir écrivain ! –, Willy Vlautin mérite ici sans conteste un A+. Car depuis le début de l’année, La route sauvage est l’un des meilleurs bouquins qu’on ait lus.