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District 31, c’est notre pain quotidien

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Est-ce Fabienne Larouche ou Luc Dionne qui a eu l’idée de ce feuilleton qui met en vedette les policiers d’un poste de quartier montréalais ?

Je mettrais ma main au feu que c’est Fabienne, car je ne connais pas un auteur assez téméraire pour s’embarquer de son propre chef dans un pareil bateau. Surtout chez nous où chaque production est presque un miracle et tire sang et eau de ses artisans.

Il y a plusieurs années, quand mon ami Jean LeClerc incarnait le personnage de Jeremy Hunter dans le feuilleton d’ABC All My Children (en ondes durant 42 saisons !), j’ai pensé me joindre à l’équipe d’auteurs. Il y en avait plus d’une vingtaine, sans compter l’auteur en chef, les réviseurs et les recherchistes. Quand j’ai constaté, malgré le nombre impressionnant de collaborateurs, l’esclavage que cette écriture représentait, j’ai tout de suite déchanté.

INEFFABLE FABIENNE LAROUCHE

Il faut avoir la discipline de fer, l’endurance et l’entêtement bien connu de Fabienne pour écrire une quotidienne. Durant 19 ans pour Virginie et 30 vies, elle s’est soumise seule (c’est toujours ce qu’elle a prétendu) à cet asservissement. Avoir convaincu Luc Dionne de reprendre son collier n’est pas le plus mince exploit de cette femme.

Jusqu’ici, Dionne a passé presque toute sa vie d’auteur avec la mafia et la police. Pas une police à l’américaine qui a toujours le revolver à la main, mais une police à « hauteur d’homme ». Celle qu’on croise sans crainte même en pleine nuit, celle qu’on voudrait voir dans tous les postes de quartier. District 31, où il y a presque parité entre policiers et policières, vient de terminer une saison « historique ».

À ma connaissance, aucun feuilleton n’a fidélisé autant de téléspectateurs qui en ont fait littéralement tout l’hiver leur pain quotidien. District 31 a rassemblé en moyenne 1,3 million de personnes chaque soir avec des pointes de plus d’un million et demi. Du jamais vu.

UN GENRE SÉCULAIRE

Cela en dit long sur la capacité d’attraction d’un genre décrié encore de nos jours. Le feuilleton a été créé il y a plus de deux siècles par Charles Dickens et repris par des romanciers aussi réputés qu’Eugène Sue, Honoré de Balzac, Georges Sand et plusieurs autres. Jusqu’à l’avènement de la télévision, tous les journaux d’importance publiaient un feuilleton quotidien. La radio diffusait aussi des feuilletons.

En France, pour la première fois, les trois chaînes principales diffuseront une quotidienne la saison prochaine. Sur France 3, Plus belle la vie entreprendra sa 15e saison. De son côté, TF1 vient de commander 260 nouveaux épisodes de Demain nous appartient. Le tournage de 235 épisodes de Grand soleil, le feuilleton de France 2, a commencé le mois dernier. En Angleterre, il y a quatre séries quotidiennes à la télé et il y en a trois en Allemagne.

UN SUCCÈS ATTRACTIF

En Europe, une chaîne n’oppose jamais sa quotidienne à celle d’une chaîne rivale. Les patrons de nos réseaux auraient-ils cette sagesse si à l’instar de Radio-Canada, TVA ou V s’avisaient de présenter aussi une quotidienne ?

J’aimerais bien fouiller dans les cartons de France Lauzière, la PDG de Québecor. Ils doivent sûrement receler quelques projets de quotidienne. Le spectaculaire succès de District 31 ne peut laisser indifférente une PDG dont le contenu télévisuel a toujours été le point fort.