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Annie la suspicieuse

L’experte anticorruption Annie Trudel publiera <i>Jeux de coulisses</i> la semaine prochaine.
Photo Pierre-Paul Poulin L’experte anticorruption Annie Trudel publiera Jeux de coulisses la semaine prochaine.

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Pourquoi diable Annie Trudel a-t-elle décidé de se raconter en 250 pages ?

« Annie qui ? », se demandent plusieurs d’entre vous. Mme Trudel est cette « analyste » embauchée en 2010 par l’ex-chef du SPVM Jacques Duchesneau dans l’Unité anti-collusion (UAC), puis par l’UPAC ; et enfin par Robert Poëti, lorsqu’il a pris la tête du ministère des Transports (MTQ) en 2014.

Vous vous souvenez peut-être d’elle à la commission Charbonneau, où elle a témoigné aux côtés de Duchesneau. On l’a vue aussi à Tout le monde en parle puisque certaines de ses dénonciations des méthodes au MTQ ont causé une tempête, en 2016.

En octobre 2017, elle entamait une relation amoureuse avec le député et ex-policier Guy Ouellette lorsque ce dernier a été arrêté par l’UPAC. Mme Trudel avait d’ailleurs subi le même sort, ce que l’UPAC avait étrangement nié dans un premier temps.

Après cet épisode traumatisant, Mme Trudel lança des accusations fracassantes au sujet d’une possible collusion entre l’UPAC, l’AMF et une firme de comptables.

Personnage

Mme Trudel est donc un personnage de ce qu’on pourrait appeler nos années Duchesneau-Charbonneau-Lafrenière. Années où le Québec a voulu nettoyer ses écuries. Elle s’est retrouvée au cœur de plusieurs des organismes créés pour opérer ce « ménage ».

D’où l’intérêt du récit personnel qu’elle nous propose. Celui-ci, bien que parfois trop détaillé, est bien mené. Cette amie du scénariste Luc Dionne (District 31) a su livrer certaines pages qui se lisent comme un roman policier.

Évidemment, comme toute personne qui se raconte, Mme Trudel ne dit pas tout et s’y donne le beau rôle : « Ne faire aucune concession quant à l’éthique, c’est une philosophie de vie », écrit-elle pompeusement. Le lecteur doit faire la part des choses.

Certains aspects sont intéressants. Sa description de la naissance de l’UPAC, où, dès le départ, les tensions sont vives entre policiers « verts » et les « bleus ».

Sans compter le clan Lafrenière (nom du patron de l’UPAC) qui élimine rapidement les membres du clan « Duchesneau » issus de l’UAC. Associée à ce dernier, Mme Trudel découvre avec stupeur son surnom : « la plotte à Duchesneau ! »

Mais dans son livre, elle n’est pourtant pas tendre à l’égard de l’ancien chef du SPVM, lui reprochant entre autres un « manque de rigueur » grave dans son témoignage à la commission Charbonneau.

Brouilles

Mme Trudel et M. Duchesneau sont actuellement brouillés. C’est une des trames de ce livre : le parcours chaotique de Mme Trudel qui va de rupture en rupture et qui laisse toujours entendre que ceux avec qui elle rompt ne sont pas aussi intègres qu’elle.

Ainsi, se plaint-elle, on en a fait un « paria ».

On sourit lorsque, vers la fin de son récit, elle raconte avoir du mal à se trouver de l’emploi et écrit : « J’avais eu d’excellentes relations avec mes patrons et collègues dans le contexte de mes emplois précédents. »

L’authenticité de son engagement contre la corruption n’est sûrement pas à questionner, mais force est de constater que Mme Trudel est fortement suspicieuse ; c’est là un euphémisme. Sous sa plume, ses soupçons deviennent souvent des faits.

« Nous n’avons pu nous empêcher de nous demander si ce n’était pas là une erreur délibérée », écrit-elle, par exemple. Ailleurs, elle accuse, sans le démontrer, l’UPAC d’avoir donné son adresse aux journalistes de Radio-Canada.

« Au Québec, les personnes associées à la lutte contre la corruption sont peu nombreuses, mais font figure de vedettes », souligne Mme Trudel. Voilà un vrai problème.

Entre autres parce qu’ils sont avides de publicité, nos chevaliers blancs de l’anticorruption se surveillent les uns les autres, s’entre-enquêtent, sont amenés à faire des dénonciations à l’emporte-pièce.

Lorsque la Vérificatrice générale a examiné les accusations de fractionnement quasi systématique des contrats au MTQ formulées par Mme Trudel, elle a d’ailleurs conclu à une exagération.

Le carnet de la semaine

Il n’y a pas de « fruit »

Jean-Marc Fournier
Photo Jean-Francois Desgagnés
Jean-Marc Fournier

On va s’ennuyer des métaphores de Jean-Marc Fournier. Le ministre responsable des Relations canadiennes déposait cette semaine son plan d’action lié à la politique d’affirmation du Québec intitulée « Québécois, notre façon d’être Canadiens ». Le ministre nous a appris une chose : il n’y a plus de « fruit » constitutionnel. Souvenez-vous, à l’ère Charest, lorsque nous interrogions les ministres sur le moment de la reprise des débats constitutionnels, ils nous répondaient systématiquement : « Le fruit n’est pas mûr ». Or, il n’y aurait même plus de fruit, nous a appris M. Fournier : « Le fruit, pour qu’il apparaisse sur la plante, il faut d’abord que la plante reprenne de la vigueur, et le dégel permet au moins à la plante de commencer à prendre de la vigueur ».

La réplique de la semaine

Alain Therrien
Photo Simon Clark
Alain Therrien

Comme d’habitude, le député de Sanguinet, le péquiste Alain Therrien, s’est montré très sanguin lorsqu’il a posé ses questions en chambre cette semaine. Mercredi, il a soutenu que la société d’État Investissement Québec était atteinte d’une maladie, le « delirium technocratique ». Le symptôme : elle a fortement fait croître son nombre de cadres, sans compter qu’elle a tenté de dissimuler cet embonpoint en affichant sur le web un organigramme tronqué. En réponse, la ministre de l’Économie Dominique Anglade, non sans flegme, a simplement rétorqué : « Je trouve ça intéressant que le mot “delirium” provienne du député de Sanguinet », évoquant les fréquentes furies de M. Therrien au salon Bleu.

Laurent Lessard réfléchit

Laurent Lessard
Photo Simon Clark
Laurent Lessard

En 2011, après que le ministre Laurent Lessard (alors aux Affaires municipales) ait produit une déclaration particulièrement tortueuse, une journaliste l’avait relancé ainsi : « Si je résume en disant que vous réfléchissez, est-ce correct ? » Le ministre lui coupa la parole. Presque insulté, il rétorqua : « Non ! ON RÉFLÉCHIT PAS ! », ce qui avait bien fait rigoler le groupe de journalistes, même si le ministre avait ajouté : « On est en action ». C’est l’anecdote qui m’est revenue en tête cette semaine lorsque M. Lessard, questionné sur son avenir politique, a lancé, blagueur : « Depuis le temps que je vous dis que je suis en réflexion, fallait bien que je commence à y penser ! »

La citation de la semaine

« C’est le genre de chose que je fais, effectivement, chaque fois qu’on est en mission » – Jacques Chagnon, président de l’Assemblée nationale, qui admettait « payer la traite » aux élus en déplacement à l’étranger.