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Charles Thiffault : l’influence du doc

Charles Thiffault a été un précieux allié de Jacques Demers lors de la conquête de la coupe Stanley en 1993. L’ancien entraîneur adjoint conserve précieusement cette réplique du fameux trophée.
Photo Pierre Durocher Charles Thiffault a été un précieux allié de Jacques Demers lors de la conquête de la coupe Stanley en 1993. L’ancien entraîneur adjoint conserve précieusement cette réplique du fameux trophée.

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SHERBROOKE | Jacques Demers a eu droit à une bonne part de mérite lorsque le Canadien a remporté la coupe Stanley au printemps 1993, ayant su bien transmettre son enthousiasme et son désir de vaincre à ses joueurs.

Il ne faut toutefois pas sous-estimer le travail accompli par ses adjoints, Jacques Laperrière et Charles Thiffault, sans oublier le boulot réalisé par l’entraîneur des gardiens, François Allaire.

Le Journal de Montréal s’est entretenu avec Thiffault il y a quelques jours en ce 25e anniversaire de la dernière coupe Stanley remportée par le Canadien. L’homme âgé de 80 ans se porte très bien et il profite activement de sa retraite à Sherbrooke.

L’impact des « pelleteux de nuages »

Il était responsable de l’aspect tactique et de l’attaque à cinq chez le Canadien.
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Il était responsable de l’aspect tactique et de l’attaque à cinq chez le Canadien.

Les plus jeunes amateurs de hockey ne le savent probablement pas, mais Charles Thiffault a exercé une influence notoire dans le développement des méthodes d’enseignement du hockey au Québec. On peut le qualifier de pionnier à une époque où les entraîneurs se limitaient à imposer des exercices de type « scrimmage » à leurs joueurs.

Titulaire d’un doctorat en éducation physique, Thiffault était surnommé Docteur Charlie.
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Titulaire d’un doctorat en éducation physique, Thiffault était surnommé Docteur Charlie.

Parce qu’il détient un doctorat en éducation physique obtenu en 1972 à l’Université de la Californie du Sud, Thiffault était surnommé Docteur Charlie.

« Lorsque Gaston Marcotte, Georges Larivière, Christian Pelchat, Claude Chapleau et moi avons fondé, en 1974, un groupe de recherche afin de perfectionner les méthodes d’enseignement du hockey, on nous traitait de pelleteux de nuages... » raconte en souriant Charles Thiffault, qui a agi à titre d’entraîneur adjoint avec les Nordiques, les Rangers et le Canadien pendant une douzaine d’années, en plus d’avoir dirigé des équipes en Europe ainsi que dans les rangs universitaires et juniors.

« Nos méthodes d’enseignement créées au sein de la Fondation Sca-Dia et qui ont été adoptées par la suite par la Fédération du Québec ont eu un impact sur le développement du hockey chez nous. C’est en assistant à des matchs opposant les Russes aux Castors de Sherbrooke en 1969 que j’ai réalisé que les Soviétiques étaient bien en avance sur nous dans leurs méthodes d’entraînement.

« J’étais d’ailleurs dans les gradins du Forum lors du premier match de la Série du siècle en 1972 et la nette victoire de l’URSS ne m’avait aucunement surpris, car les hockeyeurs de la LNH n’avaient pas su évoluer dans leur façon de s’exercer », rappelle Thiffault, un homme qui a beaucoup voyagé afin de parfaire ses connaissances en hockey.


Tu as participé à la conquête de la coupe Stanley du Canadien en 1993. Quelle satisfaction en retires-tu, 25 ans plus tard ?

« Ce sont de merveilleux souvenirs, mais je vais vous surprendre en mentionnant que je retire une plus grande satisfaction de la reconnaissance qui m’a été accordée lors de mon intronisation au Temple de la renommée des sports de l’Université de Sherbrooke, ainsi qu’à celui de la Mauricie (il a vu le jour à Cap-de-la-Madeleine). J’ai toujours été fier de dire que j’ai contribué à l’évolution du hockey au Québec par l’entremise de stages de formation d’entraîneurs, de la publication de trois bouquins et de mon implication au niveau de la recherche dans le développement des méthodes d’entraînement. L’obtention de mon doctorat en éducation physique, en apprentissage moteur, a été un bel accomplissement. »


Tu as enseigné le hockey à divers niveaux et dans plusieurs pays. Comment t’étais-tu retrouvé derrière le banc des Nordiques au côté de Michel Bergeron au début des années 1980 ?

« Je planifiais d’aller en Europe pour perfectionner mes connaissances lorsque les Nordiques m’ont demandé de diriger leur camp des recrues. J’ai pris, par la suite, une année sabbatique comme enseignant à l’Université Laval afin de travailler au côté de Michel et ce fut suivi de divers congés sans solde qui ont débouché sur une longue carrière à titre d’entraîneur dans la LNH, soit jusqu’en 1995. J’ai tourné le dos à une sécurité d’emploi et à un fonds de pension comme enseignant en éducation physique et je n’ai jamais regretté cette décision. J’ai adoré seconder Michel Bergeron dans son rôle, de même que Pat Burns et Jacques Demers. »


Quelles étaient tes tâches auprès de ces entraîneurs ?

« Je m’occupais beaucoup de l’aspect tactique. J’aimais préparer les plans de match, notamment pour les situations de supériorité numérique. Jacques Laperrière et moi, on se partageait la tâche de préparer les vidéos qu’on présentait aux joueurs, notamment au sujet des tendances de l’équipe adverse. J’aimais vraiment ce boulot. Après le grand ménage effectué par le Canadien en octobre 1995, j’aurais aimé occuper un poste d’entraîneur-chef à temps plein, bien rémunéré, au sein d’une université québécoise, comme on le voit aujourd’hui, mais ça n’existait pas vraiment à cette époque. »


Quel était le point fort de l’édition 1992-1993 du Canadien ?

« C’était un groupe uni, soudé. Le mot together était d’ailleurs notre leitmotiv. Les joueurs avaient saisi le message. L’esprit d’équipe était beau à voir durant les séries. Le Canadien a réalisé un exploit qu’on ne reverra probablement plus jamais, soit de remporter 10 victoires en prolongation. Le tournant de ces séries éliminatoires a été notre victoire contre les Nordiques lors du troisième match de la première ronde au Forum. Et il y a eu cette victoire contre les Kings lors du deuxième match de la finale, toujours au Forum, lorsqu’on a pris l’heureuse décision de faire mesurer le bâton de Marty McSorley. C’est ce soir-là que le défenseur Éric Desjardins a réalisé un tour du chapeau. »


Quels souvenirs conserves-tu du soir de la conquête de la coupe, le 9 juin, au Forum ?

« Jacques Laperrière m’avait dit ce soir-là que je n’allais pas réaliser, sur le coup, ce que je vivais comme expérience. J’ai vraiment réalisé toute l’ampleur de cette conquête de la coupe lors du défilé monstre qui a suivi dans les rues de Montréal. Un courant électrique m’a traversé le corps quand j’ai aperçu ces centaines de milliers d’amateurs de hockey entassés sur les trottoirs pour nous acclamer. »


De tous les joueurs que tu as côtoyés, lequel admirais-tu le plus ?

« Il y en a eu plusieurs. J’ai eu la chance de diriger à New York des légendes comme Guy Lafleur et Marcel Dionne. Ils étaient en fin de carrière, mais leur désir de gagner était toujours là. Je placerais Peter Statsny tout en haut de ma liste de joueurs préférés. »


Comment vois-tu l’évolution du hockey au cours des 50 dernières années ?

« Les choses ont tellement changé. Les joueurs s’entraînent maintenant 12 mois par année. Ce n’était pas le cas à l’époque. Les gars ne s’entraînaient pas durant la saison estivale. Je me souviens qu’à mes débuts avec les Nordiques, j’avais commencé à organiser des entraînements hors glace durant la saison. Et j’avais établi un calendrier de trois évaluations physiques. Le coaching a tellement évolué depuis ce temps. Les joueurs sont nettement plus gros et plus rapides. »


Regardes-tu encore régulièrement les matchs à la télévision ?

« Non. J’ai tourné la page sur le hockey de la LNH il y a une bonne douzaine d’années. Je suis incapable d’accepter le fait que trop de joueurs ne se respectent pas sur la patinoire. Je déteste assister à tous ces échanges de coups vicieux. Le hockey est le seul sport où les bagarres sont encore tolérées. J’ai toujours trouvé ridicule cette culture de la mise en échec qu’un joueur se doit de compléter. Je préfère regarder des matchs sur la scène internationale, comme lors du tournoi olympique. J’aime bien suivre le tournoi de la Coupe Spengler durant le temps des Fêtes. Aujourd’hui, mon sport préféré à la télé est le football de la NFL. C’est un sport très physique, mais au moins, on applique les règles comme il se doit au football. »

 

Il a largement contribué au développement du hockey au Québec par ses méthodes d’entraînement.
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Il a largement contribué au développement du hockey au Québec par ses méthodes d’entraînement.

Charles Thiffault est né le 2 janvier 1938 à Cap-de-la-Madeleine, en Mauricie. Il est marié à Jeanne d’Arc Dubreuil depuis 50 ans et le couple a deux filles, Myriam et Christine, ainsi que deux petites-filles. Il détient un doctorat en éducation physique de l’Université de la Californie du Sud.

CARRIÈRE : entraîneur adjoint avec les Nordiques en 1980-1981, 1981-1982, 1982-1983, 1983-1984 et 1986-1987, il a occupé le même rôle avec les Rangers en 1987-1988 et en 1988-1989 et avec le Canadien en 1990-1991, 1991-1992, 1992-1993, 1993-1994, 1994-1995 ainsi que partiellement en 1995-1996. Il a été entraîneur-chef des Huskies de Rouyn-Noranda en 1996-1997 et du club suisse d’Ajoie-Porrentruy de 1997 à 1999. Il a aussi dirigé les équipes des universités de Sherbrooke et de Laval à Québec, de même que la formation nationale de l’Italie en 1989-1990. À la retraite comme coach depuis 1999, il a été directeur général du club de golf de Lac-Mégantic et il s’occupe activement du Panthéon des sports de Sherbrooke, à titre de président du comité de sélection. Auteur de trois livres, dont Jeux de puissance au hockey lancé en 2000, Thiffault a participé à de nombreuses recherches sur le hockey.