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Des produits «périmés» vendus 10 fois moins cher

Une entreprise de Drummondville combat le gaspillage alimentaire en vendant des produits périmés

Luc Nadeau et son fils Gabriel Nadeau montrent de la moutarde et de la sauce VH qu’ils vendent même si la date de fraîcheur est passée dans leur magasin de Drummondville.
Photo Caroline Lepage Luc Nadeau et son fils Gabriel Nadeau montrent de la moutarde et de la sauce VH qu’ils vendent même si la date de fraîcheur est passée dans leur magasin de Drummondville.

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DRUMMONDVILLE | Des magasins vendent des produits non périssables dont la date «meilleur avant» est passée à des prix jusqu’à 10 fois moins cher que l’épicerie régulière.

Les quatre magasins Nadeau de Drummondville font partie des rares commerces au Québec à vendre des produits non périssables dont la date de fraîcheur est expirée.

La pratique est légale pourvu que l’aliment soit encore salubre, confirme le MAPAQ.

Le nombre de mois qui s’est écoulé après la date «meilleure avant» importe peu.

Par exemple, on peut s’y procurer des barres tendres à 0,38 $ la boîte, huit mois après l’expiration de la date de fraîcheur inscrite par le fabricant. Achetées en paquet de 8, elles reviennent à 0,25 $ chacune. C’est 10 fois moins cher qu’une boîte vendue au prix régulier.

Le propriétaire Luc Nadeau affirme que son meilleur vendeur est le Kraft Dinner. Il peut en vendre à moins de 0,50 $ la boîte au lieu de 1,59 $ dans les épiceries conventionnelles.

« On s’est rendu compte qu’il y avait un marché pour les produits déclassés », indique-t-il.

Son fournisseur, qui souhaite rester anonyme, l’approvisionne de ces aliments pour une bouchée de pain. Il peut donc les vendre vraiment pas cher.

Outrés ou contents

Dans les succursales drummondvilloises, les aliments « meilleurs après », comme on les surnomme, sont étiquetés pour la « vente rapide ».

Des condiments, biscuits, chocolats, céréales, beurre d’arachide, etc. sont en vedette sur leur page Facebook, avec leur date de fraîcheur expirée.

« On est transparent », assure Gabriel Nadeau, le fils de Luc.

Certains clients se sont dits outrés de cette pratique, mais la majorité est satisfaite, assure M. Nadeau.

Les produits en liquidation représentent environ 20 % du chiffre d’affaires de ce commerce, qui vend également des produits frais.

Pascal Mathieu agrémente sa saison de barbecue avec ses condiments et Cheez Whiz périmés. Jamais ses invités ou ses enfants ne se sont plaints. L’homme de 44 ans aurait les moyens de se procurer les produits à prix régulier, mais il préfère payer 20 $ au lieu de 60 $.

« Ce sont 40 $ que je peux investir ailleurs », dit-il.

Les capsules de café « déclassées » sont le coup de cœur de Guylaine Lauzon. Au goût, elle ne voit aucune différence, à part le prix.

Selon Luc Nadeau, plusieurs grandes chaînes ont le mot d’ordre de se départir de ces denrées, pour préserver leur image.

« Nous, on a une image économique. On aime ça vendre des affaires pas chères. Et ça se vend bien », plaide son fils.

 

À consommer sans risque

  • Le miel, le sucre, le sel, le café, la soupe en sachet : peuvent se conserver à vie.
  • Les épices sont non périssables.
  • Le chocolat : peut être consommé jusqu’à deux ans après sa date de péremption.
  • Les pâtes, le riz ou les lentilles : peuvent se conserver plusieurs années dans un emballage hermétique.
  • Les surgelés : peuvent être conservés plusieurs mois après leur date de péremption.
  • Les yogourts : peuvent être consommés jusqu’à trois mois après la date indiquée.
  • Le jambon cru : peut être consommé jusqu’à deux semaines après la date « meilleur avant ».

Si les contenants n’ont pas été ouverts.

Source : Les banques alimentaires du Québec

 

Quelques prix comparatifs

  • Kraft dinner : 1,75 $ pour 4 boîtes (0,44 $ la boîte) vs 1,59 $ pour 1 boîte (Super C)
  • Beurre d’arachide : 1,95 $ pour 1 pot de 500 g, 3 $ pour 2 pots de 500 g et 4 $ pour 5 pots de 500 g (0,80 $ le pot) vs 4,49 $ le pot de 500 g (Super C)
    Les magasins Nadeau utilisent beaucoup Facebook pour faire connaître leurs produits en liquidation, comme ici pour ce beurre d’arachide.
    Photo tirée de Facebook
    Les magasins Nadeau utilisent beaucoup Facebook pour faire connaître leurs produits en liquidation, comme ici pour ce beurre d’arachide.
  • Cheez Whiz : 1,50 $ pour 1 pot de 450 g vs 4,99 $ (Super C)
  • Sauce VH prunes : 455 ml : 1 $ pour 1 pot vs 1,99 $ pot 455 ml marque Sélection (Super C)
  • Barres tendres Special K : 0,38 $ la boîte, 2 $ pour 8 boîtes vs 2,50 $ la boîte

33 % de la nourriture est jetée

Plusieurs spécialistes voient d’un bon œil la vente au Québec de produits déclassés afin de réduire le gaspillage alimentaire.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation, le tiers de toute la nourriture qui est produite, soit 33 %, est gaspillé, souvent même si elle est encore bonne. Ça représente environ 1000 milliards $ par année.

La date inscrite sur un produit non périssable est seulement à titre indicatif et protège le fabricant contre d’éventuelles poursuites.

Par contre, ces aliments peuvent être encore salubres plusieurs mois après cette date, mais ils se retrouvent souvent au dépotoir ou dans les banques alimentaires.

Plusieurs années

Selon Céline Myre, consultante en hygiène et salubrité, une conserve qui n’est pas altérée, bosselée ou gonflée a une durée de vie de plusieurs années, voire illimitée, si les conditions d’entreposage sont bonnes. Même phénomène pour les pâtes conservées dans un emballage resté intact.

Pourtant, leur date de fraîcheur peut se limiter à quelques mois seulement.

Gabriel Nadeau, des magasins Nadeau, déplore que l’appellation « meilleur avant » soit donnée à tous les produits, qu’ils soient susceptibles de devenir insalubres ou non.

La loi du Québec exige que la durée de conservation soit inscrite uniquement sur les produits frais à risque d’être contaminés par des pathogènes. Les fabricants de produits non périssables n’ont aucune obligation.

S’ils le font, c’est pour garantir la fraîcheur, selon leurs propres critères.

Un début au Québec

Selon Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie, plusieurs magasins d’Europe et d’Asie vendent depuis longtemps, sans gêne, des produits périmés.

Au Québec, leur vente est encore marginale.

Toutefois, le relationniste au MAPAQ, Yohan Dallaire Boily, observe une hausse de dons de ces produits déclassés. « On commence justement à voir la fin du tabou. C’est quand même une bonne nouvelle », évalue M. Charlebois.

Ils augmentent le salaire minimum à 15 $/h

Depuis le 1er mai, les magasins Nadeau ont haussé le salaire minimum de leurs employés à 15 $ de l’heure au lieu de 12 $.

Alors que plusieurs groupes communautaires exigent que Québec implante le salaire minimum à 15 $, les propriétaires des magasins Nadeau ont pris de l’avance en haussant le salaire de leurs 45 employés le 1er mai.

Ceux qui gagnaient le salaire minimum sont payés 15 $ de l’heure au lieu de 12 $. Les autres salaires, qui vont jusqu’à 25 $ de l’heure, ont aussi été revus à la hausse. « On a bonifié toutes nos échelles salariales pour être plus compétitifs », lance Gabriel Nadeau, l’un des propriétaires.

Main-d’œuvre

Cette décision a été prise pour contrer la pénurie de main-d’œuvre.

« On dépense énormément en formation. On avait de la misère avec la rétention des commis-caissiers. On les perdait parce qu’ils allaient travailler dans des usines à 15 $ ou 16 $ de l’heure », explique M. Nadeau.

Depuis cette annonce, l’entreprise a reçu environ 300 curriculum vitae.