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La Caisse de dépôt et le pétrole

CIAM
Photo d'archives Le pétrole est partout dans nos vies. Demander à la Caisse de dépôt de ne plus y faire de placements relève de l’hypocrisie.

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La Caisse de dépôt gère des centaines de milliards de notre argent. Le plus gros déposant étant la Régie des rentes du Québec, les rendements de la Caisse assurent nos retraites. Voilà pourquoi nous nous réjouissons lorsque les rendements sont bons.

Ces dernières années, les résultats furent vraiment positifs. Cela n’empêche pas la Caisse de dépôt de faire l’objet de critiques devant l’Assemblée nationale, ces critiques étant maintenant formulées sur des critères de « moralité » et « d’éthique ». La Caisse devrait-elle investir dans ceci ou dans cela, du point de vue de nos valeurs ?

Cette semaine, le Parti québécois a réitéré cette idée que la Caisse devrait se retirer du secteur des hydrocarbures, du pétrole et du charbon. Ces secteurs sont polluants, et nous, Québécois, voulons devenir les modèles écologistes du monde. Des verts ! Admirés partout sur terre ! Les Québécois sauvant la planète !

Partout dans nos vies

Hypocrisie et foutaise ! Nous consommons quotidiennement des produits des hydrocarbures. La majorité des véhicules fonctionnent encore à l’essence. Nous en utilisons dans les transports en commun, pour le chauffage, pour des usages industriels. Même ceux qui n’utilisent pas de véhicules ont probablement un téléphone portable dont les composantes plastiques sont dérivées de produits pétroliers.

Nous pouvons bien fixer un objectif de réduire progressivement notre consommation d’hydrocarbures. Mais demander à notre gestionnaire de caisse de retraite de ne pas investir dans un secteur qui est au cœur de nos vies relève du ridicule.

Le Québec achète environ 15 milliards de dollars d’hydrocarbures par année. C’est notre plus grosse importation. Et au nom d’une certaine moralité, nous dirions que c’est un crime pour la Caisse de dépôt d’avoir des placements dans ce secteur ? Pardon. C’est demander à nos plus grands spécialistes du placement de faire du théâtre à rabais en jouant dans notre scénario hypocrite.

Image et politique

En fait, cette offensive politique ne relève pas vraiment ni de la moralité ni de l’éthique même si l’on prétend envelopper la Caisse de dépôt dans la vertu contre son gré. Elle découle bien plus d’une bien-pensance à la mode, dont l’environnement constitue l’un des psaumes. Surtout, il s’agit d’une stratégie politique entre partis qui veulent s’arracher le vote de gauche.

Dans le cas du PQ, il faut se souvenir qu’ils ont fait la dernière campagne en préconisant le développement pétrolier à Anticosti. Je reconnais leur droit à changer d’idée. Mais de là à dire que ce qui était merveilleux il y a quatre ans est tellement honteux aujourd’hui qu’il ne faudrait même plus y toucher ? Un peu fort...

Que les partis politiques établissent leurs cibles environnementales dans leur programme politique, c’est parfait. Mais qu’ils laissent la Caisse de dépôt tranquille pour établir sa stratégie d’investissement.

Naturellement, il se produira un déplacement des énergies fossiles, en décroissance, vers des énergies alternatives, en croissance. Cela doit se faire dans une démarche logique, pas dans un jeu politique pharisien.