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Portrait calligraphié d’un Paris littéraire

Dany Laferrière
Photo courtoisie Dany Laferrière

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Dany Laferrière a choisi de sortir des sentiers battus pour son premier livre d’académicien : mettant de côté la typographie et la mise en page habituelle, il a écrit Autoportrait de Paris avec chat à la main, du début à la fin, et ajouté ses propres dessins, à la fois naïfs et débordants de vie.

Puisque les écrivains des quatre coins de la planète convergent vers Paris, et que les écrivains du passé y sont toujours vivants, Dany Laferrière invite les lecteurs à partager son quotidien d’écrivain, et à parcourir les rues de Paris en compagnie de Gérard de Nerval, Borges, Montaigne, Sartre, Henry Miller et Hemingway. Et en compagnie d’un chat appelé Chat, qui s’est invité à la fête.

Le résultat est amusant, vif, intelligent, inattendu et d’une grande liberté. On s’imagine qu’il s’est bien diverti : il y a plus de 1000 dessins dans le livre et une grande quantité de textes écrits à la main.

« C’est vrai que je me suis beaucoup amusé à faire ce livre, je dis bien faire et non écrire. C’est si nouveau et cela relie deux formes d’art, le dessin et l’écrit. On a déjà vu ce mode, mais pas ainsi, j’ose dire », explique-t-il en entrevue par courriel, depuis Paris.

« Il y a tant de choses nouvelles dans ce livre que je n’ai pas pensé à le publier. J’ignorais tout de l’univers du dessin. Je ne savais pas quel papier utiliser : j’ai acheté des carnets à bon marché chez Dollarama. Les crayons, non plus. C’est tout un univers. J’ignorais que les couleurs fluorescentes perdent de leur fraîcheur à l’impression. »

<i>Autoportrait de Paris avec chat</i></br>
Dany Laferrière</br>
Éditions Boréal</br>
320 pages
Photo courtoisie
Autoportrait de Paris avec chat
Dany Laferrière
Éditions Boréal
320 pages

Sérénité

Il n’avait jamais dessiné avant. « Tout ce que je savais, c’est que ce livre me faisait du bien. Je devais faire 120 pages au maximum... j’en ai fait 320. Je me suis accroché à ce livre comme à un radeau en pleine tempête. Quelle tempête ? La tempête de la vie. »

Le livre lui a apporté « une étrange sérénité »... « Et Dieu seul sait que j’en avais besoin. »

Paris, Montréal, Haïti, les livres, les écrivains, les musiciens, l’écriture, un chat... les sources d’inspiration sont variées.

« J’ouvre la fenêtre et je passe l’après-midi entier à regarder les gens qui passent. J’entends la rumeur du monde. Il arrive qu’un chat passe me voir. Ce qui rassure le Chat, c’est de savoir que je n’ai jamais eu de chat. Les chats n’aiment pas toujours les gens qui aiment les chats. »

Balzac

Balzac, « le romancier de Paris », l’a inspiré. Sagan aussi. « Et d’autres personnages qui font parfois de la mythologie de la vie comme Léautaud ou Cossery. Paris sans Miller et Hemingway serait plus fade. Il y a aussi Villon et Senghor. J’ai souvent pensé à Cocteau en faisant ce livre. J’ai pris Balzac, mais Hugo n’est pas loin, ni Godard, ni Chanel. »

L’écrivain a mis toutes ses ambitions dans une grande marmite.

« J’ai tout laissé mijoter pendant des mois. À mon retour, j’ai mis les épices pour colorer les émotions. Et j’ai recouvert la marmite à nouveau. La cuisson semblait bonne. Quelqu’un est alors entré en s’écriant : “Oh la la, ça sent bon ici !” »