/weekend
Navigation

Déroutant trio à Ulverton!

Rut Rural
Photo courtoisie Rut rural
Paul Rousseau
Québec Amérique, 372 pages, 2018.

Coup d'oeil sur cet article

Trois hommes réunis par hasard dans une campagne pas si tranquille, et nous voilà partis pour un amusant roman, mené rondement et avec sensibilité.

A priori, Rut rural est un roman de gars : il en met trois en scène, formant un trio improbable tant ils sont différents d’âges, de milieux et de tempéraments.

On dira encore que c’est un roman de gars parce qu’il en contient tous les clichés : des chars, de l’alcool, un bar de danseuses, des plants de pot dans les champs, des bagarres et bien de l’irresponsabilité.

Mais il suffit d’y plonger pour constater que sous la surface se trouve un roman accrocheur, qui met en valeur la tendresse qui peut unir les humains, hommes et femmes mêlés.

Coin ignoré

Déjà, Rut rural a un atout dans sa manche. Le roman est planté dans un coin du Québec ignoré des romans et méconnu des touristes : le Val-Saint-François autour d’Ulverton, porte de l’Estrie. L’auteur Paul Rousseau décrit si bien l’endroit que les connaisseurs se délecteront et les autres voudront aller voir !

Mais l’aspect idyllique des lieux ne doit pas faire oublier que la campagne québécoise n’a souvent de calme que l’apparence ! En 2016, le film Les mauvaises herbes, de Louis Bélanger, qui mettait en vedette Gilles Renaud et Alexis Martin, nous l’avait fait voir avec bonne humeur.

Paul Rousseau emprunte le même ton décontracté pour parler des dessous délinquants de la vie rurale. On rit, soupire et grimace en le lisant ! Mais il ajoute à ce tableau ce surplus d’émotion : le portrait d’hommes secrets, qui se ramassent ensemble par hasard et qui vont finir par s’ouvrir l’un à l’autre.

Rebondissements

Il y a Édouard, jeune retraité et nouveau veuf, venu de Montréal ; puis Martin, « gros bras » du coin désormais atteint d’un cancer ; et Jeff, adulescent pas très bien dans sa tête et d’une insouciance crasse (un « pas de chaloupe », comme dit Martin, qui devra expliquer à Édouard la source de cette invention langagière !). Même la mort subite de sa mère (oui, dans une collision de voiture avec un chevreuil !) laisse Jeff indifférent... sauf pour l’héritage !

La mort de la riche Carole Boisvert-Bailey a d’ailleurs réuni les trois hommes. Dès lors, sans qu’ils l’aient cherché, ils se retrouveront mêlés à toute une série de rebondissements qui n’aura de cesse de les rapprocher.

On les suivra donc dans leurs aventures, moins improbables qu’on pourrait le croire, dans leurs folies qui cachent leurs doutes et dans leurs désirs qui cachent de vraies amours.

Et on verra se tisser une amitié invraisemblable à laquelle pourtant l’auteur nous fait croire sans peine.

Cette relation-là, qui se dessine à petits pas, leur fait du bien à eux, mais aussi à nous. Après tout, les personnages sont sans prétention, l’histoire intrigue et amuse à la fois, elle est joliment racontée et elle finit bien. Une souriante simplicité. Et quel décor magnifique !