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«Ma génération est tellement meilleure que la vôtre!»

Sur la Basse-Côte-Nord, j’ai fait la rencontre de Nicolas Lachapelle et Éloïse Demers-Picard, deux jeunes passionnés de 25 ans venant tout juste de terminer un périple de 452 km de ski de fond entre Kegasha et Blanc-Sablon, là où la route n’existe plus.
Crédit photo: Nicolas Lachapelle et Eloïse Demers-Pinard Sur la Basse-Côte-Nord, j’ai fait la rencontre de Nicolas Lachapelle et Éloïse Demers-Picard, deux jeunes passionnés de 25 ans venant tout juste de terminer un périple de 452 km de ski de fond entre Kegasha et Blanc-Sablon, là où la route n’existe plus.

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Trop souvent, les gens de ma génération et plus vieux décrivent les jeunes de 18-34 ans, les milléniaux, comme des êtres égoïstes, immatures, infidèles à l’égard de leur employeur, qui estiment tout leur est dû ici et maintenant. La génération du « moi, moi, moi » telle que dépeinte en couverture du magazine Time en 2013. Portrait sombre et réducteur qui omet les nombreuses qualités et forces de nos garçons et filles nés après 1980 (pour tracer une ligne grossière). Des jeunes avec lesquels je vis et travaille, et que je trouve plutôt inspirants, dégourdis et passionnés. Ils me poussent à me remettre en question, ce qui me fait évoluer. Bref, les milléniaux me donnent foi en l’avenir.

Je suis entourée de jeunes. J’en ai deux de la génération du millénaire à la maison. Par conséquent, avec les amis qui viennent partager un repas avec nous ou dormir sous notre toit, j’en côtoie une belle gang. Au travail, une grande proportion de mes collaborateurs sont nés après l’époque des cheveux platinum blond ou de la mode Au Coton. Et je viens de terminer une tournée du Québec qui m’a menée d’est en ouest à travers la province pour rencontrer les 18-34 ans.

Constat non scientifique, mais réel sondage de la vie, les milléniaux apprécient d’échanger et sont incroyablement articulés pour peu que l’on s’intéresse à eux sans leur faire la morale. Ils se passionnent pour mille et un enjeux en dehors de leur propre nombril.

J’ai parlé des heures et des heures de politique, d’environnement, de langues, d’entrepreneuriat, de littérature, de musique et d’emploi avec des milléniaux. Soyons optimistes, chers « vieux » que nous sommes, les enfants du millénaire sont une relève allumée qui, j’en suis convaincue, saura relever avec brio les nombreux défis qui s’en viennent, mais... à leur façon!

Hors du cadre

Sur la Basse-Côte-Nord, j’ai fait la rencontre de Nicolas Lachapelle et Éloïse Demers-Picard, deux jeunes passionnés de 25 ans venant tout juste de terminer un périple de 452 km de ski de fond entre Kegasha et Blanc-Sablon, là où la route n’existe plus.

Munis d’un équipement professionnel d’enregistrement sonore qu’ils ont loué, les jeunes amoureux ont skié de village en village à la rencontre des Québécois méconnus qui y habitent. « Les grands oubliés », me dit Nicolas.

Leur objectif est de produire un podcast qui présentera, notamment, plusieurs personnages dont le mode de vie et les enjeux quotidiens sont rarement évoqués dans les médias traditionnels. Un projet ambitieux que ces jeunes adultes financent eux-mêmes et pour lequel ils ont travaillé 50 heures par semaine pendant plus de deux mois. Un engagement total, et ce, tout en continuant à travailler et étudier, jusqu’à ce qu’ils décident de démissionner pour vivre leur trip.

«Nous, on ne veut pas faire du 9 à 5, sinon, à 30 ans, on sera en burn-out! À notre âge, personne ne va nous proposer des beaux projets comme ça, alors, on n’attend pas parce qu’on risque d’attendre longtemps!»

On les dit impatients. Une impatience comme celle-là, moi je la salue!

Pour ces mordus d’anthropologie, d’histoire, de littérature, de politique et d’aventures, les rêves sont faits pour se réaliser. Ainsi, ils s’inventent des projets dans lesquels ils peuvent intégrer autant de leurs passions en même temps que possible. Voilà ce qui guide leur vie.

L’argent, ou l’accumulation de biens matériels, est loin d’être leur priorité. «Je suis la première de ma famille à être allée à l’université. Mon père, qui a travaillé toute sa vie dans un emploi qui ne le passionnait pas, m’a encouragée toute ma vie à faire ce que j’aime. C’est ce que je fais!», renchérit Éloïse.

Des exceptions? Non.

En lisant l’histoire de ces amoureux-aventuriers-entrepreneurs, vous vous dites peut-être que j’ai rencontré l’exception qui confirme la règle? Hé bien, de mon échantillon rencontré au cours des dernières semaines partout au Québec et dans différents milieux, j’affirme haut et fort que non.

Si tous les jeunes avec lesquels j’ai fait un bout de chemin n’ont pas tous des projets aussi flamboyants qu’Éloïse et Nicolas, force est d’admettre que la très grande majorité m’a tout aussi inspirée par sa soif de découvertes, ses façons de faire innovantes et sa grande ouverture d’esprit.

Lors d’un voyage en autobus entre Québec et Montréal, j’ai eu le plaisir d’être assise à côté de Charles, qui s’est payé un voyage à Montréal pour aller visiter le salon des véhicules électriques. Étudiant en sciences de la nature au cégep de Limoilou, passionné de préservation de l’environnement, ce jeune homme travaille aussi comme caissier dans une épicerie. Il était ravi d’avoir réussi à obtenir un congé pour aller explorer ce qui se fait de mieux sur le marché en termes de « véhicules de l’avenir », comme il se plait à dire.

Ne pas vouloir être enfermés dans des jobs qui ne leur permettent pas d’avoir assez de liberté, d’exploiter leurs talents et d’alimenter leurs passions est une préoccupation majeure chez les milléniaux que j’ai interrogés.

Vivre selon ses convictions et tenter le tout pour le tout afin d’avoir une vie où l’on n’attend pas la retraite pour vivre ses rêves, est-ce cela qui nous bouscule, nous, les plus âgés?

«Chaque génération se croit plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante» - George Orwell

Bien évidemment, nous ne sommes pas les premiers à regarder de haut la ou les générations qui nous suivent. Dans un article au titre évocateur, The Me decade, paru en 1961 dans le New York Magazine, l’auteur Tom Wolfe qualifiait les baby-boomers d’égocentriques prêts à « s’enfuir avec l’argent » (take the money and run).

En 1990, le magazine Time dépeignait les membres de ma génération, les X, comme des gens narcissiques, sans espoir, inaptes à prendre des décisions et ayant une capacité d’attention aussi courte qu’un coup de zapette!

Et aujourd’hui, on poursuit malheureusement cette tradition ringarde de se penser mieux que les jeunes qui nous suivent.

Je n’ai aucun doute que des milléniaux impolis, centrés sur eux-mêmes ou incapables de bien s’exprimer existent bel et bien. Mais en posant un regard honnête autour de vous, ces jeunes ont-ils l’exclusivité de ces comportements désagréables? Prendre en exemple les pires individus pour dépeindre une génération tout entière m’apparait de bien mauvaise foi.

Je rédige la dernière phrase de mon texte alors que la sympathique et très professionnelle serveuse de 25 ans du Café des Artistes, à Gaspé, m’apporte mon bol de café au lait. Merci Émie pour ton super service et ta bonne humeur contagieuse en cette journée pluvieuse. Je bois mon café encore plus convaincue de la pertinence de mon propos.