/opinion/blogs/columnists
Navigation

L'école, c'est nous

L'école, c'est nous
Photo d'archives Simon Clark

Coup d'oeil sur cet article

Très (trop) souvent, je lis que l’école publique va mal. Et ça me tue.

Je ne dis pas qu’elle est exempte de problèmes, loin de là.

Je suis réaliste, je constate chaque jour qu’il faut sans cesse l’améliorer. Mon point n’est pas là. Mon désarroi est tout autre.

Il provient du fait que je sens un terrible mépris de la part de certaines personnes pour l’école dite publique, l’école «régulière», l’école qui n’offre pas de programme de biathlon, de mandarin ou de cor français. 

Je sais, je caricature, mais mon exagération est à la mesure de ce que j’observe au jour le jour dans mes discussions avec parents et amis. 

Avant d’aller plus loin, sachez une chose : je n’ai rien contre tous ces programmes spéciaux offerts à la jeunesse québécoise.

Une offre de services riche et diversifiée témoigne que nous tenons à ce que toutes les passions, tous les talents puissent se développer dans un cadre adapté à chaque étudiant(e). 

Toutefois, je remarque que plus cette offre de services s’élargit, plus la valeur que l’on accorde à l’école publique «régulière» diminue. Je m’explique.  Il y a plusieurs décennies, les familles étaient nombreuses et les enfants fréquentaient l’école. Fin de l’histoire. 

Aujourd’hui, les familles comptent un ou deux enfants et nous les considérons comme nos petits projets en développement. Ce qui n’est pas mal en soi.

Sauf que je vois ici un danger de vouloir optimiser à tout prix tout le «potentiel» de notre progéniture.

On ne peut blâmer les parents d’agir ainsi, bien sûr, mais j’aimerais porter votre attention sur l’effet pervers d’une telle volonté à vouloir trouver l’École, LE programme qui incarnera le prolongement de leur enfant.

Anecdote. Quand on me demandait récemment à quelle école secondaire irait mes enfants, je répondais avec fierté l’école de quartier, l’école publique.

Chaque fois s’installait un flottement, un silence à peine perceptible, mais porteur d’une triste réalité.

On ne comprenait pas pourquoi je ne l’inscrivais pas dans un programme «spécial», tout aussi «spécial» que peut l’être mon enfant «spécial».  Je me sentais comme quelqu’un qui n’avait pas voulu le «meilleur» pour son enfant. 

Comme si j’avais gagné une médaille de participation au marathon du choix des écoles. Et c’est ça qui me tue.

J’enseigne depuis des années à l’école publique. Comme élève, j’ai fréquenté cette dernière. Et j’en suis fier.

À l’école publique, j’y côtoie des enseignant(e)s passionné(e)s qui portent leur école à bout de bras, qui croient en la jeunesse, qui font la différence malgré toutes les coupures, les embûches, la diminution des ressources.  C’est un lieu imparfait comme la vie.  Et c’est cette couleur qui la rend si vraie, si importante. 

Je la défends, malgré ses défauts. Alors quand j’observe une désertion de la part de mes concitoyens, j’ai le coeur gros.  Et je serre les dents. 

Si au lieu de travailler à l’amélioration de quelque chose, on quitte en laissant les lieux à l’abandon, je me questionne quant à la pertinence de nos choix.

Et c’est bien là que réside le cœur du problème.

Nos choix.

Les choix individuels versus les choix collectifs.

«Mon» enfant versus tous les enfants.

Une société qui finance l’école privée en dit long sur ce qu’elle souhaite pour ses enfants. Et si l’on ajoute à cela tous les programmes spéciaux, qui ont leur raison d’être, je le répète, l’école publique devient ce chanteur dans le métro à qui l’on sourit, gêné, mais qui ne mérite pas notre dollar. Une attraction banale que l’on croise chaque matin en allant au boulot.

Nous méritons mieux. 

Les choix que l’on offre aux parents ne doivent pas être placés les uns au-dessus des autres, mais les uns à côté des autres.

Sur la même table.

Pas dans une étagère. 

Autour de moi, je remarque un changement. Un subtil changement d’attitude. De plus en plus, on magasine son programme, son école. 

Si l’on considère nos enfants comme des clients, c’est logique.

Mais tellement triste.

Le jour où nos élus ne traiteront plus les enfants comme des pions dans une équation électoraliste, le jour où ils feront de l’éducation une priorité, je veux dire, une réelle et sincère priorité (et pas seulement un slogan pour bien paraître), ce jour-là, peut-être, ils sauront insuffler au peuple la certitude que l’éducation change le monde.

L’école publique, ce n’est pas un Dollarama. À trop vouloir un projet de société qui ressemble de plus en plus à un catalogue IKEA, il ne faut pas s’étonner qu’il nous manque des morceaux. Mais si nous conservons notre facture, j’imagine que tout est ok.