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Avez vous hâte d’avoir votre cave à pot?

«Imaginez le party... quand ils [les enfants] vont trouver... pas la cave à vin, mais la cave à pot. Il peut avoir des tentations, des jeunes, soit de partir avec une certaine quantité», dit le député du PQ Sylvain Pagé. S'il y a 400 joints à la maison, partez avec une trentaine. Je ne suis pas sûr que les parents vont aller compter tous les soirs combien il y en a.»
«Imaginez le party... quand ils [les enfants] vont trouver... pas la cave à vin, mais la cave à pot. Il peut avoir des tentations, des jeunes, soit de partir avec une certaine quantité», dit le député du PQ Sylvain Pagé. S'il y a 400 joints à la maison, partez avec une trentaine. Je ne suis pas sûr que les parents vont aller compter tous les soirs combien il y en a.»

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400 joints, c’est suffisant pour se claquer tous les Police Academy. Est-ce que c’est une bonne idée? Non. D’autant plus que le dernier film de la célèbre franchise, Mission à Moscou, est ben ordinaire et ça, aucune drogue ne pourra y changer quoi que ce soit.

Pourquoi 400 joints? Parce que le projet de loi 157 sur le cannabis propose de limiter à 150 grammes de pot la quantité permise dans une maison.

Le député du Parti québécois Sylvain Pagé a estimé que c’était l’équivalent de 400 joints. Assez pour faire « un méchant party », comme il dit.

Je rappelle que le gouvernement fédéral limite la possession à 30 grammes dans les espaces publics. Quelqu’un qui se fait arrêter entre 30 et 50 grammes aura une contravention de 200$, donc pas de casier judiciaire. Avec plus que 50 grammes, on s’expose à des « peines graves ».

Le  gouvernement québécois veut limiter à 30 grammes la quantité de cannabis qu’une personne peut acheter à la SQDC et à 150 grammes, celle à la maison.

La ministre Lucie Charlebois a expliqué s’être inspirée de ce qui se fait pour le cannabis thérapeutique.

Sauf que c’est 150 grammes au total. Peu importe le nombre de personnes. Donc pour un couple c’est 75 grammes par personne. Et avoir un chalet ne donne pas droit à 150 grammes de plus.

Ottawa n’impose pour sa part aucune limite à la maison, à l’instar des autres provinces d’ailleurs.

«Méchant Party»

400 joints, oui, c’est beaucoup. Mais ça ne veut pas dire grand-chose. On ne consomme pas du cannabis qu’en se roulant un joint.

On peut pas juste tout calculer en nombre de joints et qualifier ce stash «d’astronomique» comme le fait la CAQ. Quiconque a déjà cuisiné des brownies au pot sait que ça en prend beaucoup.

Par exemple, pour cette recette de biscuits au pot, Bob le chef met un bon vieux quatorze. 

Le député Sylvain Pagé a plutôt proposé le 20 mars dernier de limiter la quantité permise à la maison à 60 grammes. Il explique :

«Il y en a qui pourraient dire : Oui, mais, moi, j'ai une cave à vin, puis une centaine de bouteilles, illustre-t-il. Mais faire vieillir des bonnes bouteilles, c'est une chose, mais, à ma connaissance... [...] faire vieillir le cannabis séché, ce n'est pas comme le bon vin. Alors, il n'y aurait pas tant d'avantages à vouloir en garder une quantité importante dans sa cave à vin ou dans sa cave à pot

Il rajoute:

«Oui, mais l'alcool, c'est très différent. Il y a des goûts tellement variés, entre tous les vins avec tous les cépages, les provenances de tellement de pays qu'on comprend que les gens puissent avoir une cave à vins avec un certain nombre de bouteilles. [...] Ça ne sera pas le cas avec le cannabis.»

J’imagine que certains connoisseurs ont roulé des yeux en lisant ça.

Certes, le cannabis ne devient pas meilleur avec le temps. Mais il y a beaucoup de variétés. Certaines sont stimulantes, d’autres relaxants, avec des taux de THC et CBD différents.

On peut choisir son effet selon qu’on cherche à augmenter sa créativité, regarder un film où le méchant musclé ne se revire même pas quand ça explose pendant qu’un policier fait du beatbox ou juste à faire un casse-tête Ravensburger.

«Il y a différents profils aromatiques dans le cannabis», précise Adam Greenblatt, gestionnaire de marque du producteur Canopy Growth au Québec.

«Imaginez le party... quand ils [les enfants] vont trouver... pas la cave à vin, mais la cave à pot. Il peut avoir des tentations, des jeunes, soit de partir avec une certaine quantité», dit le député du PQ Sylvain Pagé. S'il y a 400 joints à la maison, partez avec une trentaine. Je ne suis pas sûr que les parents vont aller compter tous les soirs combien il y en a.»
Photo Martin Alarie
Adam Greenblatt de Canopy Growth

 

Ça peut donc être intéressant d’avoir plusieurs variétés. Pourquoi en grande quantité? Parce que le cannabis, ça se récolte par lot. C’est un cycle. Alors c’est possible que la Société québécoise de cannabis n’offre pas toutes les mêmes variétés à longueur d’année.

Il pourrait arriver qu’un producteur remplace une variété par une autre selon ses récoltes. Le consommateur pourrait alors vouloir conserver une plus grande quantité de son pot préféré pour en avoir toute l’année.

Je ne suis pas du genre à faire mon épicerie chez Costco, mais je peux comprendre l’envie d’avoir SA sorte à l’année. Et si je n’ai pas de cave à vin, je peux comprendre un amateur de vouloir son minibar.

«Il y a des variétés qui sont rares et certaines personnes aiment les collectionner comme une bonne bouteille de vin ou un bon cigare», ajoute Adam Greenblatt.

Perdre du temps à rouler 400 joints

Mais Sylvain Pagé s’inquiète pour les enfants qui tomberaient sur la réserve de joints de leurs parents, un peu comme il est arrivé à ma cousine de boire le Goldschlager de ses parents et de remplacer l’équivalent par de l’eau.

«Comme j'ai dit tantôt, à la blague, imaginez le party ... quand ils [les enfants] vont trouver... pas la cave à vin, mais la cave à pot. Il peut avoir des tentations, des jeunes, soit de partir avec une certaine quantité», dit M. Pagé.

« Il y a 400 joints à la maison, partez avec une trentaine. Je ne suis pas sûr que les parents vont aller compter tous les soirs combien il y en a: Il m'en manque 30, pas sûr que ça paraîtra pas beaucoup et, ça va être facile de partager avec des amis», poursuit-il.

Chers futurs consommateurs, quand vous irez acheter vos premiers 150 grammes de pot à la SQDC, si vous rentrez chez vous et que vous roulez vos 400 joints : C’EST QUE VOUS AVEZ BEAUCOUP TROP DE TEMPS À PERDRE. Mon conseil : allez faire du bénévolat ou inscrivez-vous dans un cours de zumba au plus sacrant.

Pour les autres, la meilleure façon de conserver du cannabis est dans un pot Masson dans un endroit sec et sombre et rouler un joint au moment de le consommer, selon Adam Greenblatt. Pas au congélateur comme le font certains. «Ce n’est pas bon, ça assèche trop le cannabis et risquent de briser les cristaux où se trouvent les cannabinoïdes.»

Je passe sous silence votre découverte du mot « cannabinoïde » pour ajouter que bien sûr, ce serait aussi facile de voler un gramme dans la réserve en vrac de papa sans qu’il ne s’en rende compte. Mais rendu là, j’ose espérer que les parents vont ranger leur stock de façon responsable. 

Et ce n’est pas comme si les ados vont pouvoir remplacer le pot qu’ils ont volé à leurs parents par un vieux tas d’oregano ben sec.

Finalement, la proposition du PQ n’a pas été adoptée. Ce sera donc 150 grammes. Monsieur Pagé, inutile de commencer à rouler vos joints tout de suite ou à creuser votre cave à pot pour être prêt à temps pour la légalisation.

On vous souhaite quand même un « méchant party» de temps en temps pour décompresser. Ça a l’air stressant la politique ;)