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Des délais d’attente «pas fiables» pour les chirurgies

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Les données utilisées pour calculer les délais d’attente pour une chirurgie ne sont « pas fiables », dénonce la vérificatrice générale du Québec dans son plus récent rapport.

« Pour respecter les délais d’attente exigés, l’Hôpital général juif et l’Hôpital régional de Saint-Jérôme privilégient de limiter le nombre de patients inscrits sur la liste d’attente s’ils pensent ne pas être en mesure de les opérer dans le temps opératoire alloué aux chirurgiens », rapporte Guylaine Leclerc, mercredi, dans son rapport printanier.

Photo d'archives, Simon Clark

En clair, les centres hospitaliers «demandent aux médecins» de ne pas inscrire au registre les patients s’ils savent qu’il ne pourront pas les opérer dans les délais requis.

Les délais d'attente sont-ils plus importants que ce qu'il n'y paraît à la lecture des données du ministère? «C'est clair», explique-t-elle.

Des chirurgies retardées

Autre problème : les cibles nationales ne considèrent pas adéquatement l'urgence de certaines maladies virulentes pour réaliser des chirurgies. «Le ministère a établi deux règles : 28 jours, oncologiques, et six mois pour les chirurgies non oncologiques. Ce manque de précision peut provoquer un «effet pervers», note la vérificatrice.

«Certains cas, qui devraient normalement être priorisés, risquent d’être retardés au profit des cas moins urgents, seulement pour que les cibles soient respectées», écrit-elle. Elle demande au ministère d’établir des cibles en fonction de la gravité des maladies.

Les coûts augmentent plus vite que le nombre d’opération

Par ailleurs, la VG note avec étonnement que l’enveloppe allouée aux blocs opératoires s’accroît beaucoup plus rapidement que la quantité d’actes médicaux. «On n'a pas eu une réponse claire du ministère de la Santé», dit-elle. Sur une période de six ans, le nombre de chirurgies est en hausse de 5,5% alors que la croissance des dépenses directes d’établissement pour ce secteur a augmenté de 17,9%. La rémunération des chirurgiens et des anesthésiologistes a explosé de 35,2%.

Le ministre de la Santé a apporté plusieurs bémols au rapport de la VG mercredi, soulignant qu’il couvre la période de 2013 et 2016. Gaétan Barrette rappelle que son gouvernement a été élu en 2014 et qu’il a entrepris depuis une vaste réforme du réseau. «Les réponses à toutes ces critiques-là, elles sont dans les actions qui sont en cours actuellement», indique-t-il.

Un rapport alarmiste dénonce Barrette

Quant aux délais pour les chirurgies en oncologie, le ministre affirme que la cible de 28 jours n’est basée sur «aucune science». «Ce sont des objectifs», dit-il.

«Au moment où on se parle, partout dans le monde, on est en train de revoir ces objectifs-là, parce que c’est très difficile d’y arriver, premièrement», explique M. Barrette.

Interpellé en anglais, il a ajouté que les rapports de la VG sont toujours «un peu alarmistes» puisqu’ils se concentrent sur les chiffres, plutôt que sur les nuances nécessaires à apporter. «C’est ce que je fais maintenant, devant vous», a-t-il dit.

Guylaine Leclerc n’a pas apprécié cette sortie. «Je ne pense vraiment pas que notre rapport est alarmiste. Notre rapport est basé sur des faits et nous sommes très prudents», a-t-elle répliqué.