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Pérou: les restes de 23 disparus remis à leurs familles

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Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et la justice péruvienne ont remis mercredi à leurs familles les restes de 23 disparus, tués dans les années 1980 lors de la guerre interne menée par l’armée contre la guérilla du Sentier lumineux.

En larmes, Asunta Ñaupari, 75 ans, a enfin su ce qu’était devenu son mari, volatilisé en 1984 après avoir été arrêté par les militaires.

«Après tant de temps où je l’ai cherché, avec beaucoup de souffrance, je vois maintenant les restes de mon mari et je me sens plus sereine», a confié la vieille dame, en langue quechua, face au cercueil de son époux.

Les 23 disparus ont été retrouvés dans des fosses communes et identifiés grâce à des analyses, avant d’être remis à leurs familles dans la région andine d’Ayacucho. Les restes de 27 autres disparus doivent encore être identifiés.

«Pendant tout le temps où je le cherchais, je rêvais toujours de mon mari qui me disait: "Je vais t’envoyer de l’argent pour que tu t’achètes des habits"», raconte Asunta, qui a dû élever seule ses six enfants.

Ayacucho, qui signifie en quechua «le coin des morts», a été l’épicentre du conflit armé interne au Pérou (1980-2000) et lieu de naissance de la guérilla maoïste du Sentier Lumineux, connue pour sa cruauté. Pour lutter contre elle, l’armée a lancé une vaste offensive, et de nombreux paysans ont péri au milieu de cette guerre.

Dans la ville d’Huanta, l’infanterie de la Marine avait installé son quartier général et mené une véritable campagne de terreur.

Le mari d’Asunta, Alejandro Farfán, 25 ans, faisait paître son troupeau quand une patrouille est arrivée dans le hameau de Yanasraqay, en août 1984. Pris pour un guérillero, il a été tué à coups de poings et de couteau puis enterré dans une fosse commune.

Des dizaines de proches des disparus - en majorité des femmes vêtues des tenus traditionnelles andines et mastiquant des feuilles de coca - sont venus à l’auditorium municipal pour veiller les restes.

En présence des familles, les anthropologues du Parquet ont placé les os des 23 disparus dans de petits cercueils blancs. Après une messe dans la cathédrale d’Huanta, les cercueils ont été emportés par les familles pour être enterrés, parfois dans des communautés isolées à près de 4 000 mètres d’altitude.

«Maintenant je pourrai enterrer mon père, après tant de temps», a déclaré à l’AFP Emilia Ayala, fille de Julian Ayala, assassiné avec 21 autres personnes par des guérilleros du Sentier lumineux dans le hameau de Pampacancha.

Les autorités estiment que plus de 20 300 personnes ont disparu lors du conflit interne au Pérou, avec 40% des cas dans la région d’Ayacucho.