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Une promesse tenue, peu importe les conséquences

Le président américain Donald Trump a signé un document retirant les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu par Barack Obama en 2015.
Photo AFP Le président américain Donald Trump a signé un document retirant les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, conclu par Barack Obama en 2015.

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C’est la nouvelle la moins étonnante de l’histoire de l’humanité ! Faisons dans la démesure, puisque c’est ainsi que Donald Trump, depuis des années, décrit l’entente conclue en 2015 pour encadrer le programme nucléaire iranien: l’accord le plus débile jamais négocié!

Par extension, il faudrait être totalement déconnecté pour se surprendre de voir les États-Unis s’en retirer. Trump avait préparé le terrain d’un rassemblement politique à un autre, d’une tribune de campagne à celle de la Maison-Blanche.

Les négociateurs américains (et les autres), à son avis, se sont fait avoir par les Iraniens et absolument rien dans l’entente ne lui paraissait valide, même si Téhéran ne pouvait clairement plus se patenter sa bombe atomique sans que quiconque ne s’en aperçoive.

PAS UN ENFANT DE CHŒUR, L’IRAN

Pas question d’être naïf, Téhéran a amplement profité du ralentissement de ses activités nucléaires : elle a récupéré, en échange, des dizaines de milliards de dollars d’argent bloqué en Occident, a pu recommencer à vendre son pétrole sur les marchés et a réussi, du coup, à sauver son économie du précipice où elle se dirigeait chaque jour un peu plus. Mieux encore, les Iraniens y ont trouvé les moyens de financer leurs alliés au Yémen, en Irak, au Liban et en Syrie, contribuant à accélérer la déstabilisation déjà bien engagée de la région. Et comme l’accord ne couvrait pas le développement de missiles balistiques, le régime des ayatollahs a raffiné son expertise et entamé la distribution de son arsenal à ses partenaires.

Aussi tragique que tout cela puisse être, la question à se poser, c’est si l’Iran avait été moins menaçant, aurait-il été plus facile à gérer avec une arme nucléaire dans son inventaire ? Bien sûr que non !

DES EXEMPLES TERRIFIANTS

Au milieu des années 60, l’Inde s’est mise à développer son propre programme nucléaire et en 1974, elle faisait exploser avec succès sa première bombe, le fameux « Smiling Buddha ». L’Asie du Sud au complet a ressenti la secousse.

Le Pakistan, sur un pied de guerre permanent avec son immense voisin, s’est investi corps et âme dans son programme à lui et en 1998 – bingo ! – réussissait son premier essai nucléaire.

Non seulement, en quelques années, deux nouvelles puissances nucléaires se sont mises à s’entre-menacer de destruction mutuelle, mais aujourd’hui, l’État pakistanais, faible et constamment menacé par les extrémistes, donne des cauchemars aux services de renseignement qui luttent pour empêcher que des terroristes ne mettent la main sur de l’armement nucléaire.

SINON ÇA, QUOI D’AUTRE ?

C’est ce que le JCPOA, l’accord sur le nucléaire iranien, visait à éviter : moins de centrifuges, moins de matériel à enrichir, moins de risque de dérapage. Maintenant que les États-Unis ont déchiré leur bout d’entente, on fait quoi ? C’est quoi l’alternative ? Cette Maison-Blanche n’a pas de plan B.

Encore une fois, elle n’a rien à offrir. Encore une fois, elle a écarté l’avis des experts, des spécialistes, des hommes et des femmes qui ont consacré leur vie à étudier les peuples, les régimes et les centrales nucléaires et qui, ensemble, avaient conclu que l’entente n’était pas parfaite, mais qu’elle faisait la job : l’Iran n’avait pas ajouté une bombe atomique aux armes toujours plus destructrices que chaque pays de la région accumule.

Trump a tenu promesse : comme pour le Partenariat transpacifique et l’Accord de Paris sur le climat, il s’est débarrassé d’un autre coup de maître de Barack Obama. Ça n’en finit pas, il continue de se réveiller la nuit pour le haïr, c’est clair. Mais franchement, cette fois-ci, à quoi bon ?