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Je m'ennuie de ma mère

Je m'ennuie de ma mère
Caiaimage/Sam Edwards

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Je m’ennuie de ma mère. Pourtant, elle est loin d'être morte, pis elle est encore ben forte.

Je m’ennuie de ma mère, de nos moments de complicité. Comme quand on se comprenait juste en se regardant. Comme quand son regard bienveillant berçait mes angoisses, inlassablement. Comme quand ses bras chauds suffisaient pour me donner le courage d’avancer.

Je m’ennuie de son sens de l’humour douteux, de ses petites blagues pas drôles du tout qui la rendent hilarante.

Je m’ennuie de son haleine de café, de ses doigts qu’elle lichait pour enlever les saletés dans ma face, encore à 18 ans, quand je l’ai quittée, armée de la confiance en la vie qu’elle m’avait donnée.

Je m’ennuie de la voir me donner l’exemple. De la voir travailler avec acharnement pour réaliser ses rêves. De la voir étudier, tout donner pour notre bien-être.

Je m’ennuie de sa force silencieuse, de son aplomb sans mot dire, de sa détermination jamais criée mais pourtant tellement parlante.

Je m’ennuie des appels de ma mère, de ses messages sur le répondeur. « Memi, c’est ta mère. Je me demandais si t’étais encore en vie. En tous cas, moi oui. ». De mes yeux qui roulent si loin dans leurs orbites, quand je vois son numéro sur l’afficheur. Je m’ennuie aussi du petit sentiment rassurant dans cet énervement : ma maman pense à moi.

Je m’ennuie de cette femme qui parle si fort pour des futilités, mais qui fait les choses les plus importantes dans la pudeur. De la façon dont elle nous a appris le partage et l’équité. De toutes les valeurs qu’elle nous a fait acquérir au lieu de se contenter de les attendre de notre part.

Je m’ennuie de ma mère, si généreuse, si conséquente. De cette femme qui est droite comme un roseau. Ma mère qui a souvent plié mais ne s’est jamais cassée.

Je m’ennuie de toi, maman. Je m’ennuie du temps ou j’étais pas occupée à bâtir ma propre famille. T’sais, quand j’avais le temps de venir passer quelques jours avec toi, pis qu’on se disait qu’on partirait dans le sud, un jour. On se doutait pas qu’on continuerait à repousser le moment à la semaine des quatre jeudis, hein?

Je m’ennuie de ta résilience et de ce respect que tu as envers mes choix souvent douteux. Je sais pas comment tu as fait, toutes ces fois, pour me laisser me casser la gueule, parce que tu savais la bataille perdue d’avance. Tu contrôlais ma chute, mais ne m’empêchais jamais de tomber.

Je m’ennuie de ton amour inébranlable, celui qui est encore là, mais qu’on a pas le temps de partager, maintenant qu’on habite loin et que la vie est un tourbillon rocambolesque. Quand le temps devient trop rare pour se parler, je m’ennuie de toi.

Je m’ennuie de ton rire, quand tu comprends pas mes niaiseries. Je m’ennuie de nos éclats, quand on faisait de la route en auto; de tes gloussements si forts qu’il me gênaient, ado.

Je m’ennuie de ta candeur, de ta naïveté. De ta profonde conviction que l’humain est bon. De ta propre bonté, maman.

Je m’ennuie de la grand-mère de mes gars, qu’ils voient pas assez souvent à mon goût. Je m'ennuie de ta face de p'tite mère rebelle, quand tu sors les écrans, même si j'ai dit non. De ta façon de me faire comprendre ton opinion, à propos de ma façon d'élever mes garçons.

Je m’ennuie de ma mère, de ma p’tite maman à moi, si fragile et forte comme cent.

Merci, maman, de tous ces souvenirs et d’avoir partagé avec moi tous ces moments qui paraissaient si peu importants, quand ils se sont produits. Mais qui comptent tant, maintenant qu’ils ne sont plus que doux souvenirs.

Merci pour les souvenirs à venir. Je sais, déjà, que je vais m’en ennuyer.

Je t’aime, maman.

Bonne fête des mères.