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La Tunisie et les défis de la transition démocratique

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Les Tunisiens ont été appelés aux urnes, le 6 mai dernier, pour leurs premières élections municipales depuis la « Révolution du Jasmin », il y a 7 ans. Une étape cruciale dans un processus de transition démocratique en dents de scie depuis les soulèvements populaires de 2011.

Et le gagnant est : « l’abstention ». Elle dépasse les 66 %, selon la mission d’observation de l’Union européenne.

Espoir et désenchantement

La Tunisie a été la bougie d’allumage du « Printemps arabe » lorsque Mohamed Bouazizi, un jeune diplômé désœuvré réduit à marchand ambulant, s’était immolé par le feu, le 10 décembre 2010, à Sidi Bouzid, pour protester contre l’injustice et la corruption.

Mais pour décoder le scepticisme des citoyens à l’égard de leurs dirigeants, il faut remonter à l’accession au pouvoir du président Habib Bourguiba, en 1957.

Dès l’indépendance, il a inscrit l’État tunisien sous le signe de la modernité, en empruntant à la fois au modèle républicain français et à la laïcité d’Atatürk.

Sans rompre avec les préceptes de l’islam, il a implanté des réformes audacieuses. Nombreux sont les Tunisiens à l’aduler encore aujourd’hui.

Le revers de la médaille, c’est que ses trente ans au pouvoir ont fini par engendrer l’autoritarisme, le culte de la personnalité et la montée islamiste.

Zine El Abidine Ben Ali le remplacera le 7 novembre 1987. Il régnera en dictateur près d’un quart de siècle et érigera la corruption en système. Les Tunisiens le chasseront au cri de « Dégage », le 14 janvier 2011.

L’onde de choc s’était répandue au-delà de la Tunisie, avec les conséquences dramatiques qu’on connaît : l’Arabie saoudite a consolidé sa force de destruction massive au Moyen-Orient, la Syrie a sombré dans la guerre civile, les Frères musulmans se sont emparés du pouvoir en Égypte avant de le céder aux militaires, la Libye a été dévastée par la guerre des clans, les groupes djihadistes sèment, aujourd’hui, la terreur dans les pays du Sahel avec l’arsenal militaire de Kadhafi.

Hommage à la société civile

La Tunisie est l’un des rares pays du Maghreb à se tenir debout face à la tourmente djihadiste. Elle tente, malgré les alias de ses tensions internes, de se forger un modèle démocratique à son image. Nous devons l’appuyer.

Déjà, des gestes concrets ont été posés. Une nouvelle constitution a été promulguée, en janvier 2014, et des élections législatives ont eu lieu. Mais au-delà des clivages politiques, un de ses atouts majeurs réside dans la vigilance de ses citoyens.

Ce sont précisément quatre associations de la société civile (du milieu syndical, patronal et de défense des droits), réunies dans le quartet du dialogue national, qui ont facilité le passage vers une démocratie pérenne. Leur travail a été récompensé par le prix Nobel de la paix en 2015.

Le Canada serait le bienvenu pour y financer des projets structurants de développement démocratique, de bonne gouvernance et de renforcement des capacités de la société civile.

La lutte à la corruption : Une priorité

La démocratie ne se résume pas en une simple mécanique électorale, d’où l’importance de mettre en place des institutions indépendantes chargées d’exercer un contrôle sur l’appareil de l’État. L’une d’elles est l’Instance nationale de lutte contre la corruption (INLUCC).

Je me suis entretenue, le 2 mai dernier, avec son président, M. Chawki Tabib, en mission au Canada pour identifier les meilleures pratiques en matière d’investigation et de prévention de la corruption, une priorité nationale pour la Tunisie.

– « Pensez-vous que le processus politique qui s’est amorcé en Tunisie va aboutir à une véritable démocratie ? » ai-je demandé.

« Oui, car il a été élaboré d’une manière consensuelle en ayant à l’esprit les leçons du passé et les revendications progressistes des Tunisiens. »

– « Et le rôle des femmes et de la société civile dans les changements qui se sont opérés dernièrement en Tunisie ? »

« Les femmes et la société civile sont de loin les principaux acteurs et garanties de réussite de cette transition démocratique [...] Elles étaient le principal rempart face à l’obscurantisme et le terrorisme intellectuel de certains mouvements se réclamant de l’islam. »

Voilà, la Tunisie a besoin de nous !