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Les fruits de mer du Québec vendus en premier au Japon

Des chefs cuisiniers d’ici dénoncent le difficile accès aux produits du Saint-Laurent

Daniel et Raphaël Vézina, copropriétaires et chefs du Laurie-Raphaël, à Québec, s’efforcent chaque jour de repousser les limites de la gastronomie québécoise en y intégrant des produits frais comme ceux pêchés dans le Saint-Laurent.
Photo courtoisie Daniel et Raphaël Vézina, copropriétaires et chefs du Laurie-Raphaël, à Québec, s’efforcent chaque jour de repousser les limites de la gastronomie québécoise en y intégrant des produits frais comme ceux pêchés dans le Saint-Laurent.

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Les chefs cuisiniers Daniel et Raphaël Vézina du Laurie-Raphaël à Québec ajoutent leur voix à celle de nombreux restaurateurs qui dénoncent le fait d’avoir à batailler avec des acheteurs étrangers pour mettre à l’honneur les produits du Saint-Laurent sur leur table.

Alors que Québec veut ajouter 10 milliards $ de contenu québécois aux produits bioalimentaires consommés au Québec d’ici 2025, la route s’annonce longue.

« On a de la difficulté à s’approvisionner de mactre de Stimpson, de pétoncles des Îles-de-la-Madeleine, d’esturgeon, d’oursins de Kamouraska, qui sont pêchés au Québec, mais qui sont exportés vers d’autres pays, comme le Japon. Tellement qu’on n’est plus capable de mettre la main sur nos produits », a dénoncé Raphaël Vézina devant la communauté d’affaires de Québec plus tôt cette semaine.

« La seule façon de se procurer des pétoncles des Îles de la Madeleine, c’est de leur payer le billet d’avion ! »  –Raphaël Vézina, copropriétaire et chef au Laurie-Raphaël.

Colombe St-Pierre, chef et propriétaire du restaurant gastronomique Chez St-Pierre, à Rimouski, croit qu’il est temps de réfléchir à une meilleure gestion des pêches.

« On ne veut pas empêcher les exportations, on veut juste mieux équilibrer le système. Ce sont les marchés étrangers qui fixent les prix de nos produits et nous n’avons plus les moyens de nous les procurer. On a du mal aussi à garder les catégories A », a-t-elle réagi.

Le Canada exporte entre 75 % et 80 % de la production de poissons et de fruits de mer. En 2015, la valeur des exportations à l’échelle du pays se chiffrait à 6 G$.

Obligés d’acheter d’Asie

« On est en train de perdre l’accessibilité aux produits. Il faut qu’on bouge ! C’est inadmissible qu’on ne soit pas capable de s’asseoir tout le monde ensemble pour voir ce qu’on peut faire pour éviter que tous nos produits partent et que l’on soit obligé d’acheter d’Asie », a ajouté Mme St-Pierre.

Cette situation fait en sorte que les restaurateurs québécois doivent se tourner vers des produits marins provenant de la Tanzanie, de la Méditerranée ou de la Norvège pour combler leurs besoins.

Le plus bel exemple est la mactre de Stimpson, un mollusque pêché sur la Côte-Nord, qui est majoritairement exporté au Japon où il est commercialisé sous le nom de hokkigai.

« On les rachète du Japon », s’indigne M. Vézina.

Force est de constater, selon Colombe St-Pierre, que le système, comme il est établi, fait en sorte que les restaurateurs et les citoyens ont moins accès aux produits du Saint-Laurent.

Pas de problèmes

Le président de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche, Jean-Paul Gagné, promet une rencontre prochaine avec les restaurateurs. Même s’il entend leurs doléances, M. Gagné ne voit pas de problèmes.

« On est sensible et tous les efforts sont mis là-dedans. On désire se rencontrer prochainement. Si on est capable de fournir les grandes chaînes et les poissonneries, on est capable de fournir les restaurateurs », dit-il.

Le fondateur du restaurant Laurie-Raphaël, Daniel Vézina, suggère que l’on réserve une partie des captures pour les marchés locaux.

« Le problème avec le Japon, c’est qu’ils sont prêts à payer trois à quatre fois le prix. Il faudrait quand même garantir une certaine quantité pour ici, au Québec », suggère-t-il, en espérant que les choses bougent.