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La crise iranienne en cinq questions

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La crise iranienne est en train de dessiner les contours d’une rupture entre les États-Unis et l’Europe. Une rupture qui ne survient pas en raison de divergences politiques, mais plutôt pour des considérations bassement mercantiles. C’est que les compagnies européennes qui veulent continuer à commercer avec l’Iran pourraient être soumises à des sanctions américaines.

Les réactions en Europe sont virulentes. Angela Merkel a déclaré que le temps où l’Europe pouvait compter sur les États-Unis est révolu. Jean-Claude Junker, le président de la Commission européenne, ajoute que les États-Unis ne veulent plus coopérer avec le monde et que nous sommes au stade où nous devons remplacer les États-Unis. Les jours de la domination américaine semblent comptés.

1. Que devraient faire les États-Unis ?

Les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël, réunis dans une curieuse alliance, sont en train de se mettre à dos le monde entier.

Une saine vision des intérêts du monde exigerait que les grands États se liguent contre toutes les théocraties qui diffusent leur venin à travers la planète, l’Arabie saoudite incluse. Mais le pouvoir d’achat de l’Arabie saoudite et de l’Iran est très immense. Et puis la politique américaine elle-même est de plus en plus influencée par des groupes religieux fondamentalistes. Par conséquent, l’affairisme et le manque de courage pour remettre en question les privilèges religieux paralysent les dirigeants des grandes puissances.

2. Pourquoi les États-Unis agissent-ils ainsi ?

L’équation est simple. Les États-Unis ont choisi leur théocratie chérie, l’Arabie saoudite, qui leur promet de juteux contrats en échange de la neutralisation de l’Iran dans la région. Les Européens, qui ont moins accès au marché saoudien, soutiennent l’Iran, qui a beaucoup de pétrole pour leur acheter leurs produits. En prime, les États-Unis pourraient installer plus de bases militaires dans la région, ce qui affaiblirait l’influence régionale de la Russie.

3. Faut-il garder l’accord nucléaire avec l’Iran ?

L’accord avec l’Iran est imparfait. Il aurait probablement mieux valu ne pas le signer. Maintenant que cet accord existe, il est préférable de le respecter. D’abord parce qu’il n’y a pas de différence entre un Iran qui développerait des bombes nucléaires en catimini et un Iran qui le ferait de manière ouverte. Les deux scénarios comportent les mêmes risques de guerre. Ensuite, parce que les États concernés ne peuvent pas s’entendre sur davantage. Enfin, parce que sans la confiance, aucun traité de paix n’est possible. Ici, ce sont les États-Unis qui ne sont plus dignes de confiance. Rappelons qu’il n’existe aucune preuve publiquement validée que l’Iran a brisé l’accord.

4. Quels sont les effets des sanctions américaines sur l’Europe et la Russie ?

La Russie, malgré des dénis de Poutine, est d’abord une puissance européenne. Ses intérêts recoupent ceux de l’Europe. Avec une politique anti-iranienne primaire, Donald Trump favorise un rapprochement entre la Russie et l’Europe, ce qui est une vieille hantise de bien des généraux américains. Un tel rapprochement bouleverserait complètement l’ordre mondial. Est-ce ce à quoi songeait Jean-Claude Junker ?

5. Le régime iranien pourrait-il tomber ?

Il est improbable que le régime tombe en raison des sanctions américaines. Au contraire, les ayatollahs utilisent déjà le rétablissement de ces sanctions pour renforcer les courants nationalistes et conservateurs dans leur pays. Bien plus, la Corée du Nord a montré la voie à suivre pour tenir tête aux États-Unis. Après tout, l’ayatollah Khamenei est peut-être à quelques essais nucléaires de se faire appeler par Trump le « très honorable » guide suprême.