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L’histoire brève et mouvementée de Catalina et Juan Pedro

Du sable rose, venu des rives du Nil en Égypte, a été utilisé pour construire les colonnes de ce palais dédié hier à l’amour et aujourd’hui à l’amitié.
Photo courtoisie Du sable rose, venu des rives du Nil en Égypte, a été utilisé pour construire les colonnes de ce palais dédié hier à l’amour et aujourd’hui à l’amitié.

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Je vous ai parlé brièvement, lors de ma visite au cimetière Colon de La Havane, du mausolée art déco qui abrite les restes de Catalina Lasa et de son mari Juan Pedro Baro, tout près du monument à la Milagrosa. Leur histoire, à la fois scandaleuse et rocambolesque, est digne d’un conte de fées.

Catalina appartenait à la grande bourgeoisie cubaine. Elle était d’une beauté rare. Bien mariée avec le fils du vice-président cubain, elle avait cependant un amant, Juan Pedro, un riche homme d’affaires. Tous deux se voyaient en catimini dans une suite de l’hôtel Inglaterra, près du Prado. Jusqu’au jour où le mari, averti par une tante, découvrit le pot aux roses. Gros scandale. Toute la haute société cubaine les condamna. Les deux amants s’enfuirent à Paris puis à Rome pour obtenir, en 1917, l’annulation du mariage de Catalina. Avec la bénédiction du pape, les deux amants retournèrent à Paris où ils se marièrent à l’église, avant de revenir à La Havane, la tête haute, cette fois. Le président cubain dut reconnaître le divorce par une loi qui rétablit le couple dans ses droits.

Le mari fit construire alors à sa femme un petit palais de style Art déco, sur la prestigieuse avenue Paseo, dans le quartier Vedado. Pedro fit appel aux meilleurs architectes et artisans de l’époque. Il fit même venir d’Égypte du sable rose, provenant des rives du Nil, pour sculpter les colonnes de l’entrée de la maison.

À sa mémoire

L’artiste français René Lalique y installa un magnifique vitrail vert, qu’on peut encore admirer aujourd’hui. Malheureusement, l’épouse comblée mourut quatre ans plus tard, des suites d’une maladie. Juan Pedro, son mari, dont l’amour – tout comme la fortune – n’avait pas de limite, fit alors construire un mausolée art déco dans le cimetière Cristobal Colon.

Aujourd’hui, ce palais est propriété de l’État et a été converti en Maison de l’amitié. On y offre des repas, midi et soir, on peut y réserver une salle pour des réceptions, des mariages ou des conférences, et le soir, au grand dam des voisins qui se plaignent parfois de la musique trop forte, la terrasse à l’arrière se transforme en discothèque sous les étoiles, avec DJ et parfois orchestre live.

Ce palais, qui fut érigé pour célébrer l’amour fou, pourrait bien être le point de départ d’amours tout aussi fous, car on dit que le fantôme de Catalina y rôde encore.