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Alexandre Taillefer, l’homme qui en fait trop

Alexandre Taillefer, l’homme qui en fait trop
photo AGENCE QMI, SARAH DAOUST-BRAUN

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Alexandre Taillefer carbure à l’agitation. Comme Dieu, il est partout. Aujourd’hui, il est président de la campagne du PLQ. Certains voient en lui un futur premier ministre.

« Ce qui m’intéresse dans ce parti, c’est d’être capable de l’influencer », a-t-il dit cette semaine. Cette raison explique peut-être ses dons dans le passé à la CAQ, au PLQ et au PQ, dont il est encore membre « sans le savoir ». Et également au PLC et au Parti conservateur. Car l’influence s’achète comme le reste quand on est milliardaire.

Dans le magazine Voir, chic et jeune, dont il est le propriétaire et qu’il a revampé, il s’est attribué une chronique. En novembre 2016, il prédisait la fin des dogmes politiques : « Je ne suis pas libéral, péquiste, caquiste ou Québec solidaire. Dites-moi, suis-je vraiment le seul queer en ville ? »

Formules-chocs

Alexandre Taillefer ne recule devant aucune formule-choc, et se contredire ne l’embarrasse pas. Cette semaine, le propriétaire des magazines Voir et L’Actualité déclarait : « Je ne suis pas en conflit d’intérêts ». Hier matin, Alexandre Taillefer annonçait sa démission du conseil d’administration de Mishmash Média, qui possède les deux magazines. « Je suis conscient du malaise que crée cette situation pour les journalistes. »

Saisit-il le malaise que son arrivée provoque au PLQ ? En particulier chez des prétendants à la tête du parti, comme Pierre Moreau, un politicien aguerri. Ce dernier semble le seul à ne pas exprimer d’enthousiasme envers le nouveau président de la campagne électorale. Contrairement à Philippe Couillard, jubilatoire cette semaine, déclarant même qu’il adorait le fait qu’Alexandre Taillefer ait des opinions diverses sur tant de sujets.

Car l’ex-dragon correspond à un nouveau type de politicien. Un mélange de Justin Trudeau, d’Emmanuel Macron et de Donald Trump. Trudeau surfe sur les apparences, Macron a fait éclater la gauche et la droite en France et Donald Trump a kidnappé le vieux parti républicain. Et tous ces hommes sont indépendants de fortune­­­.

Notoriété médiatique

Alexandre Taillefer est riche. Il a fait fortune dans la nouvelle économie et est fasciné par sa nouvelle notoriété. On le retrouve sur toutes les tribunes à condition qu’il y ait des caméras pour projeter son image et des micros pour amplifier son message. Ou plutôt ses messages. Car il en change au gré des tendances, des modes et de la force des lobbys.

Philippe Couillard doit apprécier qu’Alexandre Taillefer tutoie l’argent, car lui-même semble fasciné par les milliardaires. S’il s’est exilé cinq ans en Arabie Saoudite pour pratiquer la neurochirurgie, ce n’était pas pour une cause humanitaire ou un défi médical, on en conviendra. En péril politique, le premier ministre a décidé de confier à ce franc-tireur narcissique et touche-à-tout son parti libéral cahotant.

Le 1er octobre, le premier ministre saura s’il a eu raison d’écarter ses amis, des messieurs en costume sombre, discrets et fuyant l’avant-scène. Car l’ovni qu’est Alexandre Taillefer n’hésitera pas en cas de défaite à expliquer que l’on n’a pas suivi­­­ ses conseils. Et qui sait s’il ne fera pas un documentaire télévisé pour le prouver.