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Tour du silence

Tour du silence
Illustration Nathalie Samson

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Cette année, ma fille Livia et moi avons l’honneur d’être porte-parole­­­ du Tour du silence, qui se déroulera à travers la province le mercredi 16 mai. Le message est clair : reconnaître que de plus en plus de gens se déplacent à vélo dans tout le Québec et que nous devons être plus sensibilisés à cette réalité.

Pour ceux qui sont au courant de ce qui est arrivé l’automne dernier, l’accident qui a coûté la vie à mon gendre Clément Ouimet, vous comprenez que ça nous touche plus que jamais. Mais je n’ai pas envie de revenir là-dessus. Je n’ai pas non plus envie de faire la morale, c’est la pire approche.

Je vais y aller de mon expérience personnelle. En toute honnêteté, j’ai déjà été de ceux qui crient des : « Maudit vélo ! Qu’est-ce que tu fais sur le chemin ? », et pas juste une fois. Je leur en voulais de me ralentir, de m’obliger à mieux regarder autour de moi avant de tourner un coin de rue... et puis arriva ce qui est arrivé.

Pressé de quoi ?

Après l’accident de mon gendre, tout a basculé. Des mille pensées qui tourbillonnaient dans ma tête, celle qui me revenait le plus souvent était : je suis pressé de quoi ? Parce que contrairement à Clément, j’ai juste ça du temps !

Depuis ce jour-là, lorsque je vois un cycliste sur la route, ça me rappelle que je passe ma vie à stresser, à me dépêcher, à courir entre deux rendez-vous. Je vois maintenant ces gens en vélo comme un rappel qu’il n’y a rien qui presse réellement. Je me dis : « Tout doux le grand ». Comme bien des gens, j’ai longtemps pensé que ma vie et mon temps étaient plus précieux que celui des autres. C’est dans notre nature, on est mal faits de même. Ça aura pris une tragédie pour que je me remette en question et que je réexamine ma façon de conduire. Je vous souhaite sincèrement d’être meilleurs que moi et d’être capables du même exercice sans avoir à vivre ce genre de drame.

Cela dit, les cyclistes doivent également se remettre en question. J’en vois plusieurs passer sur une lumière rouge ou rouler avec leur cellulaire dans les mains. Si on veut cohabiter sécuritairement sur les routes, les efforts doivent venir de tout le monde.

Un peu de positif

Chaque fois qu’on nous demande de modifier nos comportements, on chigne, on chiale. Je sais de quoi je parle, je suis un chialeux ceinture noire, je gagne même ma vie à grogner sur les travers de notre société. Mais en vérité, est-ce que c’est si forçant que ça ? De toute façon, on n’a pas d’autre choix que s’ajuster. De plus en plus de gens se déplacent à vélo. Et vous savez ce que je remarque ? Ils ont tous un gros sourire sur le visage, pendant que nous, on grogne d’être pognés dans le trafic. Dans le fond, peut-être qu’on envie leur bonheur.

Donc le 16 mai, je vous invite tous à participer. Le Tour du silence se déroule dans plusieurs villes à travers le Québec.

Voyez ça comme une belle occasion de sortir et de bouger en famille. Même si cet événement nous rappelle de tristes histoires, trouvons-y du positif.

Prenez le temps de regarder vos enfants sourire sur leur vélo, heureux et libres comme l’air. Surtout, ne tenez jamais ces moments pour acquis. Sachez que plusieurs familles en sont privées à jamais.