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«Le plus difficile est d’annoncer mon cancer aux enfants»

«Le plus difficile est d’annoncer mon cancer aux enfants»
Photo d'archives, JOEL LEMAY/24H MONTREAL/AGENCE

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Aujourd’hui au milieu de la quarantaine, je n’ai jamais eu autant d’amis et de connaissances atteints du cancer. La veille de la Fête des Mères, j’ai encore appris qu’une femme qui m’est chère va se faire opérer prochainement pour se faire enlever une masse cancéreuse à un sein. Des hommes et des femmes dans la fleur de l’âge qui sont, pour la plupart, des parents. Chaque fois que l’un d’entre eux m’annonce son diagnostic, tout de suite, la discussion bifurque vers leurs enfants. C’est à ce moment précis que l’émotion monte. « Le plus difficile a été d’annoncer ma maladie aux enfants. », me disent-ils, tout en se questionnant sur la façon de les « protéger » à travers cette épreuve qui se vit inévitablement en famille.

Échange avec Josée Masson, travailleuse sociale et fondatrice de Deuil Jeunesse, qui accompagne depuis 10 ans des enfants, des adolescents et des familles pour qui la maladie grave ou le deuil fait désormais partie du quotidien.

J’ai rencontré Josée Masson pour la première fois il y a plus de cinq ans. Mon ami venait d’enterrer son amoureuse, morte à la suite d’un cancer. Elle n’avait pas encore 35 ans. Mon copain, que je connais depuis le cégep, se retrouvait donc veuf et papa monoparental de deux adorables fillettes de 2 et 4 ans. À la même époque, ma belle-sœur se faisait diagnostiquer un cancer du sein. Mes neveux étaient alors encore adolescents.

Avec la maladie qui s’infiltre dans la vie de trop de parents que j’aime, j’ai senti le besoin de rappeler Josée Masson pour qu’elle me fasse part, à nouveau, de la meilleure façon d’accompagner nos petits amours chez qui la maladie d’un parent vient dissiper la totale insouciance de la jeunesse.

Rapidité, vérité, précisions et amour

Pour ce qui est de l’annonce d’une maladie grave aux enfants, ce qui sécurise, c’est la vérité dite avec amour par le ou les parents, et ce, le plus vite possible. « Dès qu’il y a un diagnostic, papa et maman ne sont plus les mêmes. Les yeux deviennent rougis, les rendez-vous se multiplient, on ne va plus travailler... Ne pas comprendre ce qui se passe est très insécurisant pour les jeunes et ils risquent de s’inventer une histoire qui n’est pas la réalité. »

L’utilisation de mots simples, précis et véridiques est à privilégier. Si maman ou papa a un cancer, c’est le terme à utiliser. Pas de : « Maman est très malade », car, pour les enfants, cette phrase est beaucoup trop vague et n’aidera pas à la compréhension. « Idéalement, les jeunes doivent être en mesure de bien saisir, visualiser quelle est la situation en fonction de leur âge. Par exemple : « Maman a un cancer du sein. Selon les médecins, il est grave à 2/10. Le cancer est dans un seul sein et non les deux. », etc. »

Josée Masson suggère également de faire parler les enfants sur ce qu’ils connaissent du cancer. Souvent, entre autres avec les adolescents, on tient pour acquis qu’ils connaissent très bien la maladie. Pourtant, si on les fait parler, on risque de constater que leurs connaissances sont limitées.

Enfants investis dans la maladie du parent

La spécialiste de l’accompagnement des enfants dans la maladie et le deuil raconte qu’une jeune fille s’est confiée à elle dernièrement, désemparée de s’être fait voler son histoire avec sa maman malade. « Elle me disait qu’on avait tout fait pour la protéger et qu’aujourd’hui, elle pleure sa vie. Pas la mort de sa mère, mais le fait qu’elle ne sait pas par quoi sa mère est passée. La radiothérapie, la chimiothérapie... On ne l’a jamais invitée à voir ce que c’était. » Des maladresses d’amour pour Josée Masson.

Plus les enfants sont investis et invités à participer à ce qui entoure la maladie du parent, plus ils comprennent.

Montre-moi ton chemin, je suis là

Les parents surveillent de près les réactions de leurs trésors face à une maladie grave. Certains s’inquiètent de constater que, parfois, les larmes ne viennent pas. « Les jeunes n’ont pas l’intention d’être forts. Bien souvent, c’est que les larmes ne viennent pas, tout simplement. Il y a une gamme infinie de réactions et chaque réaction est bien personnelle. Les enfants ont toujours des réactions, mais pas toujours celles auxquelles les adultes s’attendent nécessairement. »

En somme, la travailleuse sociale suggère d’ouvrir grands notre cœur et nos oreilles, et de tendre la main pour prendre celles de nos enfants afin qu’ils nous montrent eux-mêmes le chemin qui leur fait du bien. Surtout, il faut leur faire confiance.

« Les enfants lisent des histoires, regardent des films, jouent à des jeux vidéo où la mort est omniprésente et, nous, on est là à ne pas vouloir leur dire qu’on est des êtres mortels. Quand on est parent et que l’on est atteint d’une maladie grave, on les embarque avec nous dans ce voyage parce que, ce dont il est question aussi, c’est le sens de la vie! »

Pour écouter l’entrevue réalisée avec Josée Masson via Skype, cliquez ici.