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Pyongyang ne renoncera jamais entièrement à ses armes nucléaires

North Korean leader Kim Jong Un organizes and guides a combined joint drill of the units under KPA Combined Units 572 and 630
Photo Archives / REUTERS

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SÉOUL | La Corée du Nord ne renoncera jamais entièrement à ses armes nucléaires, a jugé un transfuge nord-coréen de haut rang en amont du sommet historique prévu le mois prochain entre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et le président américain Donald Trump.

L’effervescence diplomatique actuelle ne débouchera pas sur « un désarmement complet et sincère », mais simplement sur « une menace nucléaire nord-coréenne réduite », a estimé Thae Yong-ho, l’ex-ambassadeur adjoint de Corée du Nord en Grande-Bretagne qui avait fait défection en août 2016.

« Au bout du compte, la Corée du Nord restera une puissance nucléaire travestie en État non nucléaire », a-t-il ajouté dans un entretien avec l’agence sud-coréenne Newsis.

Lors du sommet qui se tiendra le 12 juin à Singapour, la question des programmes balistique et nucléaire nord-coréens devrait figurer en bonne place des discussions.

Le mois dernier, lors de leur propre sommet, les deux Corées s’étaient engagées derrière l’objectif de dénucléarisation de la péninsule. Pyongyang vient d’annoncer qu’il démantèlerait fin mai son seul site connu d’essais nucléaires, mais n’a pas précisé publiquement les concessions qu’il propose.

Washington exige une « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible (DCVI) » de la Corée du Nord et affirme que la vérification est essentielle.

« Epée chérie » 

Le Nord a déclaré qu’il n’aurait pas besoin d’armes atomiques si la sécurité du régime était garantie.

Mais, pour M. Thae, l’un des transfuges les plus gradés à avoir fait défection ces dernières années, « la Corée du Nord va faire valoir que le processus de désarmement nucléaire débouchera sur son effondrement et va s’opposer à la DCVI ».

Aux yeux du transfuge, il est essentiel pour le Nord d’assurer à Kim Jong Un le « pouvoir absolu » et lui conserver le modèle de transmission héréditaire des rênes du pays. Pyongyang va s’opposer à des inspections intrusives « qui seraient perçues comme une manière de porter atteinte au pouvoir absolu de M. Kim sous les yeux des Nord-Coréens ordinaires et de l’élite ».

Le mois dernier, Kim Jong Un avait promis qu’il n’y aurait plus de tests nucléaires ou balistiques, affirmant que le développement de la force nucléaire nord-coréenne -- « puissante épée chérie chargée de défendre la paix » -- était parachevé.

« Y renoncer aussitôt après que Kim Jong Un lui-même l’a qualifiée +d’épée chérie pour défendre la paix+ et de garantie pour l’avenir? Cela ne peut jamais arriver », a ajouté M. Thae.

Dans ses mémoires qui sortent lundi, le transfuge ajoute: « davantage de gens devraient se rendre compte que la Corée du Nord s’accroche désespérément à son programme nucléaire, plus qu’à toute autre chose ».

« Sanctions destructrices » 

Pendant des années, les tensions ont atteint des sommets sur la péninsule et au-delà à cause des ambitions nucléaires Pyongyang, auxquelles ont répondu des sanctions de plus en plus dures du Conseil de sécurité de l’ONU, des États-Unis, de l’Union européenne, de la Corée du Sud entre autres.

L’année dernière, M. Trump avait promis de déchaîner sur le Nord « le feu et la furie ». Mais les jeux Olympiques d’hiver organisés en Corée du Sud furent le catalyseur d’un rapprochement spectaculaire qui doit culminer avec le sommet inédit entre Washington et Pyongyang.

Pour M. Thae, le rapprochement en cours est probablement motivé par le fait que les sanctions commencent à avoir des effets sur les gens ordinaires. Depuis 2017, les sanctions concernent des secteurs comme le charbon, la pêche, le textile et les travailleurs à l’étranger.

« La Corée du Nord n’avait pas prévu la puissance destructrice des sanctions », dit-il. « Elles menacent les conditions de vie de millions de Nord-Coréens ».

Pyongyang a une longue habitude de promettre des choses qui n’arrivent pas, a-t-il cependant prévenu.

« La diplomatie nord-coréenne, c’est l’alternance entre la ligne dure et l’apaisement. C’est sa tactique, aller au bord de la confrontation extrême puis tout d’un coup faire des gestes de paix ».