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Quand l'instinct maternel n'embarque pas

Quand l'instinct maternel n'embarque pas

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À l'hiver 2005, mon fils a six mois et je vais le porter à la garderie pour la toute première fois. Sur place, un père me regarde avec compassion: «Il est jeune pour commencer la garderie, ça doit te faire de quoi de le laisser!». Ce à quoi je réponds du tac au tac: «Non, j'avais hâte!».

Les clichés entourant la maternité sont nombreux. Parmi eux, celui voulant que les femmes aiment «catiner» - je l'ai encore entendu dernièrement!- et préfèrent les enfants en bas âge. Personnellement, je déteste cette période et je sais que je ne suis pas la seule.
 
Mon année de congé de maternité fut la pire de toute ma vie! Premièrement, à la naissance de mon fils, j'ai vécu une crise identitaire terrible. Moi qui étais impliquée dans toutes les activités et les comités à l'université, je devais maintenant rester à la maison, encabanée, pour changer des couches, allaiter, faire des purées, rechanger des couches, re-allaiter, refaire des purées.
 
À quoi je m'attendais pensez-vous? Et bien, il est justement là le problème, je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Je pensais, comme tout le monde, que le fait d'enfanter allait me combler de bonheur et que l'instinct maternel allait répondre à la plupart de mes questionnements. Mauvaise réponse.
 
Avec surprise et désarroi, j'ai constaté que les activités, ou plutôt les tâches entourant la maternité n'étaient aucunement valorisantes pour moi. Je savais que cette période se terminerait un jour et que j'allais éventuellement être libérée de cette routine lassante et épuisante, mais étant de nature impatiente, c'était trop long.
 
Ainsi, mon fils fréquenta la garderie six mois avant la fin de mon congé de maternité, non pas par obligation, mais par choix, et ce dans le but de maintenir mon équilibre psychologique.
 
Dans le livre Le prix à payer pour être mère -paru en 1983- Martine Ross affirme ceci: «On sait depuis trente ans environ que la maternité est une période de crise sur le plan psychologique (...) Pourtant, cette connaissance a été peu diffusée au grand public. On s'est à peine demandé pourquoi certaines femmes ne reprenaient pas leur équilibre par la suite. En ce sens, la psychologie de la maternité ne peut pas se réduire à un modèle qui dit ce qui est normal et ce qui ne l'est pas.»
 
Ce modèle, ou plutôt cette norme inclut la sacro-sainte notion d'instinct maternel. Vous savez, cette fameuse source d'information mystique qui permettrait à la mère de répondre adéquatement, sans même y penser, aux pleurs de bébés?
 
Que faire alors quand l'instinct maternel n'embarque pas? Comment se sent-on si, en tant que mère, on ne ressent pas tout de suite cet amour incommensurable envers son enfant? On se sent coupable, anormale, pas bonne.
 
Comprenez-moi, ne pas être en pâmoison devant mon fils ne m'a cependant pas empêchée de faire tout le travail nécessaire à son bonheur, et son père y a bien sûr lui aussi grandement contribué.
 
D'ailleurs, quand j'y pense, c'est plutôt lui qui aurait dû prendre le congé. Il était meilleur que moi, et en plus, ça lui plaisait. Mais vous savez quoi? On n'y a même pas pensé! Les modèles et la pression sociale nous empêchent souvent de réfléchir en dehors du moule et c'est malheureux...
 
Mon fils a maintenant 13 ans et nous avons développé une grande complicité. Je dirais même que jusqu'à maintenant, c'est ma période préférée! Je peux dorénavant embrasser les gros clichés concernant toute la puissance de l'amour que je ressens pour lui. Un amour qui s'est développé au fil du temps, et qui est tout aussi solide que celui d'un parent qui le vit dès le premier jour.
 
Comme il y a mille et une façons d'être femme, il y a mille et une manières d'être mère, et nous devrions, en tant que société, en parler davantage pour faire éclater le moule.


Aujourd'hui, je sais je suis une bonne mère. Mon fils me le répète souvent!

Je ne voulais pas gâcher le party en publiant ce texte hier. Je nous souhaite donc bonne fête des mères en retard à TOUTES!