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Antidémarreurs réclamés sur tous les véhicules

Un moyen efficace pour ne pas conduire avec les facultés affaiblies, dit un chercheur

Le 23 mars dernier, Thomas Ratté a perdu la vie, fauché par un chauffard au coin de l’avenue du Bourg-Royal et de Château-Bigot, dans le secteur Charlesbourg, à Québec.
Photo d'archives, Agence QMI Le 23 mars dernier, Thomas Ratté a perdu la vie, fauché par un chauffard au coin de l’avenue du Bourg-Royal et de Château-Bigot, dans le secteur Charlesbourg, à Québec.

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Afin d’enrayer les décès liés à l’alcool au volant, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) recommande qu’à long terme tous les véhicules soient munis d’un antidémarreur éthylométrique (AE).

L’INSPQ a dévoilé un avis scientifique sur l’utilisation de l’antidémarreur éthylométrique qui recommande d’en installer à vie dans les voitures des chauffards dès la première récidive.

L’organisme propose aussi de créer des projets pilotes pour installer des éthylomètres dans des flottes de véhicules de transport public et commerciaux. Cette mesure pourrait être étendue à tous les véhicules quand la technologie sera plus accessible.

« C’est une mesure très efficace, parce qu’on neutralise les possibilités de conduire avec les facultés affaiblies », souligne l’auteur de l’étude, Étienne Blais, professeur titulaire à l’École de criminologie de l’Université de Montréal.

Il s’agit, selon le chercheur, du meilleur moyen pour mettre un terme au fléau de l’alcool au volant sur les routes du Québec.

Aller plus loin

Depuis 20 ans, Québec a tenté, en vain, de réduire l’alcool au volant. Criminalisation, campagnes de sensibilisation, multiplication des barrages routiers, réduction de la limite permise, perte du permis de conduire, taxe sur l’alcool, réduction des heures de vente : malgré tout cela, le nombre de décès sur les routes du Québec en raison de l’alcool stagne.

Au total, 30 % des conducteurs décédés au Québec avaient une alcoolémie supérieure à la limite permise. Il s’agit de la première cause de mort sur les routes.

« C’est assez important. C’est gros. Si on veut vraiment diversifier nos mesures, aller de l’avant et faire des progrès, je pense qu’il est temps qu’on cible les véhicules », affirme le chercheur.

D’ailleurs, plusieurs pays comme l’Australie et la Suède ont mené avec succès des projets pilotes sur des véhicules commerciaux, scolaires et ceux assurant le transport en commun.

Oui, au début, les gens ont des réticences, mentionne le chercheur. « Ils ont des craintes que ce soit trop intrusif et que ça rende leur travail plus compliqué. Mais après quelques mois, ils soulignent que ça s’intègre bien à leur routine et qu’ils se sentent plus en sécurité. »

À court terme, l’INSPQ croit que ce type de projet pilote doit voir le jour.

Toutefois, la technologie n’est pas encore au point pour un déploiement universel, admet M. Blais.

« Tant qu’elle ne le sera pas, c’est délicat de l’obliger pour tous les véhicules. Il pourrait y avoir certaines résistances au sein de la population. On n’est pas encore au point, c’est pour ça qu’on reste assez prudent. »

2000 $ l’appareil

De son côté, le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy, soutient qu’il y a matière à débat. Mais la recommandation est déraisonnable si le coût de l’appareil est de 2000 $, surtout pour la majorité de personnes qui conduisent sans être sous les effets de l’alcool.

« C’est le client qui paie. Un antidémarreur pour quelqu’un qui ne boit même pas, pourquoi lui faire payer 2000 $ ? Cependant, lui faire payer 200 $ de plus, il n’y a pas de soucis », a conclu M. Sacy.

 

Des chiffres qui font réfléchir

  • La participation à un programme d’antidémarreur éthylométrique (AE) réduit significativement le risque de récidive, tant chez les contrevenants primaires que chez les récidivistes
  • 20 000 conducteurs participaient au programme d’AE en 2017
  • Entre 5,7 % et 8,7 % des Québécois admettent avoir conduit sachant avoir les facultés affaiblies
  • Entre 18 % et 31 % des Québécois admettent avoir conduit sans savoir s’ils avaient les facultés affaiblies

 

Son deuil au service de la prévention

La mère de Thomas Ratté, un jeune homme happé mortellement par un chauffard en mars dernier, part en mission pour que les services de raccompagnement soient obligatoires dans tous les établissements qui vendent de l’alcool.

Le 23 mars dernier, la vie d’Odette Lachance a complètement été chamboulée lorsque son fils a été fauché à Charlesbourg alors qu’il se promenait avec sa copine et un ami.

Thomas Ratté en compagnie de sa mère Odette Lachance.
Photo courtoisie
Thomas Ratté en compagnie de sa mère Odette Lachance.

Le conducteur de la camionnette âgé de 29 ans, Keven St-Hilaire, a été accusé de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort la semaine dernière.

Déjà, Mme Lachance avait décidé de vivre son deuil en menant un combat contre l’alcool au volant. « À l’hôpital, je voulais donner un sens à tout ça », a-t-elle évoqué.

« Proposer des idées »

Avec l’aide de personnes influentes qu’elle ne nomme pas pour le moment, elle « veut proposer des idées » qui pourront sauver des vies.

Par exemple, elle souhaite que l’obtention du permis d’alcool soit obligatoirement rattachée à un service de raccompagnement. « Ce n’est pas si compliqué et ça pourrait changer beaucoup de choses », estime Mme Lachance, confiante et fonceuse.

Elle plaide d’ailleurs pour une amélioration des services de raccompagnement, pour qu’ils puissent offrir du transport de qualité durant toute l’année, pas seulement durant le temps des fêtes.

À long terme, elle soutient que l’ajout d’un antidémarreur éthylométrique dans tous les véhicules pourrait être une bonne mesure.

Sensibilisation

Cependant, elle ne croit pas que les lois sont les seules options afin de mettre un terme au problème de l’alcool au volant qui afflige le Québec. Elle mise énormément sur la sensibilisation de tous les acteurs de la société.

« Je suis beaucoup pour la prévention, plaide-t-elle. On ne se sent pas touché par ça. Ça arrive toujours aux autres. » Elle critique que les campagnes de sensibilisation soient principalement axées sur les personnes qui conduisent avec les facultés affaiblies.

« Ce n’est pas à la personne qui est en état d’ébriété de prendre la décision de conduire. Elle n’est pas capable. C’est au reste de la société d’aider. C’est un problème de société », dit-elle.

Les propriétaires de bars devraient fortement recommander aux personnes d’utiliser le service de raccompagnement et de souffler dans un éthylomètre avant de quitter l’établissement, souligne Mme Lachance.

« Ça devrait être obligatoire d’avoir un détecteur d’alcool. Ce n’est pas si cher pour sauver des vies. »