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La seule et unique École nationale de l’humour

Louise Richer, directrice générale fondatrice de l'École nationale de l'humour.
Photo Agence QMI, Ghyslain Lavoie Louise Richer, directrice générale fondatrice de l'École nationale de l'humour.

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Autant le dire en partant : j’ai un parti pris pour l’École nationale de l’humour (ENH). J’y enseigne depuis quelques années déjà en Histoire de l’humour.

J’initie les nouvelles générations d’humoristes et d’auteurs à l’histoire de la comédie à la télévision américaine, à l’humour britannique, l’humour canadien-anglais et américain, au fonctionnement de l’industrie québécoise, à l’argumentation, à la recherche et à l’analyse... Bref, j’enseigne, avec des collègues fantastiques, quelque chose qui s’apparente davantage aux Sciences humaines de l’humour.

D’autres collègues tous aussi extraordinaires transmettent leur savoir en écriture, en compréhension de l’actualité, en théâtre, en improvisation, en art clownesque, en français, etc.

On s’entend : plusieurs créateurs de talent ne sont pas passés par l’ENH et ont de belles carrières. Mais n’empêche, une forte majorité des lauréats des Oliviers ont passé par l’école dirigée depuis sa création par Louise Richer.

Une famille très contemporaine

C’est une grande famille, l’ENH, composée d’êtres extrêmement différents, mais qui font équipe très sérieusement pour aider à mettre au monde les prochains créateurs et créatrices. Tout le monde a le mandat de préparer les étudiants aux réalités du milieu tout en développant leur caractère unique, leur talent, leur vision comique du monde.

Ces êtres ont les antennes bien tendues, s’adaptent aux réalités toujours changeantes du monde culturel et de l’industrie de l’humour, se gardent à jour, se « challengent » entre eux. Il n’y en a pas deux semblables. 

En quatre ans, je peux dire que les années passent, mais ne se ressemblent pas. Les étudiants ne sont jamais « pareils ». L’expérience qu’ils possèdent (ou non) ne s’équivaut pas d’une année à l’autre. Et les réalités du milieu changent si vite que l’on ne peut pas « repartir la même cassette » à chaque cohorte quand on y enseigne. On est loin de la «machine à saucisses » que certaines mauvaises langues aimaient voir dans l’École nationale de l’humour.

Autrement dit, l’ENH a peut-être 30 ans et la maturité qu’il l’accompagne, mais elle se garde toujours jeune et actuelle.

Une institution unique

L’École nationale de l’humour fonctionne comme un conservatoire : n’y entre pas qui veut ! Il y a une série d’auditions et d’entrevues auxquelles se soumettre. Cette année, un nombre record d’appelés se sont manifestés (plus de 170 !), mais encore une fois, moins d’une vingtaine au total, pour les programmes de Création et d’Écriture humoristiques, seront élus.

Rien de comparable ailleurs dans le monde. Et, il n’y a pas à dire, des formations en humour sur la planète, il en pleut ! Mais elles sont loin d’être toutes d’égale valeur.

Prenons ce qui, sur papier, lui ressemblerait le plus : l’Académie nationale du comique, de son vrai nom, l’Accademia Nazionale del Comico, à Milan en Italie. Cette école a un fonctionnement qui ressemble à l’ENH, avec auditions et accompagnement personnalisé. Elle s’implique également en recherche et dans des projets humanitaires. Par contre, si le stand-up y est enseigné, la jugulaire de l’institution demeure le théâtre comique dans la veine de la comedia dell’arte. C’est culturel, que voulez-vous !

Il y a aussi l’École du One Man Show à Paris, avec son volet professionnel intensif. Par contre, un simple coup d’œil au programme éducatif et on voit qu’on ne joue pas dans la même ligue. L’ENH offre une formation professionnelle reconnue par le Ministère de l’éducation et, en ce sens, possède un programme beaucoup plus complet qui va au-delà du jeu et de la scène.

Parce que l’humour, ça s’enseigne !

Saviez-vous qu’aux États-Unis et en Angleterre, il existe des programmes de baccalauréat, de maîtrise et même de doctorat en humour ? Et oui ! Certaines personnes peuvent, si le cœur leur en dit, passer entre trois et dix ans à l’université à étudier l’humour et ses facettes – comme quoi je ne suis pas la seule de mon espèce.

Alors, à tous ceux et celles qui pensent : « l’humour tu l’as ou tu l’as pas, ça ne s’enseigne pas ! », détrompez-vous !

Entre autres, le programme de baccalauréat d’Emerson College, aux États-Unis, a été conçu en collaboration avec le groupe Second City, déjà très performant en formations et ateliers professionnels en tout genre. Mais pour monter un programme de trois ans, il fallait savoir voir et réfléchir au-delà des exigences de la scène et de l’industrie. Ils se sont donnés la mission de former des experts, pas seulement des créateurs. Ils ont complètement intégré l’idée que l’humour est un aspect fondamental de la vie humaine. Bravo !

Et au Québec ?

On se vante souvent que nous sommes très performants en humour au Québec, et c’est vrai. Personnellement, je crois que nous n’exploitons pas encore notre plein potentiel. Avec les frontières culturelles et les barrières de la langue qui tombent,  je suis convaincue que le monde est à notre portée. Il y a trop de festivals francophones et trop de spectacles en français dans les pays anglophones pour ne pas y voir des possibilités d’expansion.

Et comparativement à d’autres marchés de la langue de Molière, nous possédons une solide expertise.

L’ENH est le symbole fort de notre humour et de son potentiel. L’institution elle-même se diversifie et s’ouvre sur de nouveaux marchés.

Est-ce que je crois qu’un baccalauréat en humour devrait être offert au Québec ? Tout à fait ! On ne connaît pas suffisamment notre propre héritage culturel humoristique qui, pourtant, est tissé dans notre histoire et notre société.

Je crois que les textes d’Yvon Deschamps, de Marc Favreau et Clémence Desrochers devraient être étudiés dans les cours de littérature.

Je crois que certains spectacles contemporains devraient être discutés dans des cours de sociologie.

Je crois que l’université pourrait former d’excellents gestionnaires pour l’industrie si, en plus de leur enseigner la gestion d’entreprises culturelles, on ajoutait des cours sur l’écosystème de l’industrie de l’humour.

Et je crois que l’ENH restera le gage de qualité dans la formation des créateurs, notre conservatoire officiel.  Je crois que l’ENH a une place plus que particulière dans notre histoire culturelle et qu’elle a encore le pouvoir de marquer, par ses finissants et ses enseignants, notre avenir humoristique. C’est une institution unique à nous et qui nous rend humoristiquement incontournable dans le monde globalisé du rire.