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Le leaaaaader!

Le leaaaaader...
STÉPHANE BOUCHARD/ JOURNAL DE QUÉBEC/AGENCE QMI

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Voilà. Je brise le silence. C’est ici fort probablement ma dernière entrée de blogue...

Voici la triste histoire de mon embrigadement à Québecor. Je suis beaucoup moins tough que les gens autour de moi, je l’admets. Je n’aurai pas réussi à endurer ce calvaire plus longtemps.

Ça s’est passé un froid soir d’hiver. Je passais tout bonnement la souffleuse devant chez moi quand, tout à coup, une Econoline blanche pas de fenêtres s’arrête à mes côtés.

« C’est toué ça Stiiiiiiive E Fortiiin? »

« Oui! Qu’est-ce que je peux faire po.... »

Même pas eu le temps de finir ma phrase. Une taloche, un sac de jute sur la tête. Et vlan dans l’Econoline.

Le trajet fut long. On a viraillé longtemps. Jusqu’à ce que l’on se gare dans un stationnement de l’est de Montréal. J’ai tout de suite reconnu l’endroit.

Le 4545.

Sans plus de cérémonie, on m’emmène de force au bout d’un long couloir. Ça me paraît interminable. Finalement, une double porte de couleur rouge et les initiales énormes dessus : PKP.

Un des types à la mine patibulaire qui se trouvait dans l’Econoline ouvre la porte par le moyen de la reconnaissance faciale. Très sophistiqué me dis-je.

Un long tapis rouge au bout duquel un trône. Je le reconnais tout de suite. C’est lui, le leaaaader.

Mon embrigadement a commencé là. Un long discours-fleuve à la Karl Marx ou à la Castro. Huit, dix heures. J’sais plus combien.

Déconstruction complète de tout sens critique. Des images qui repassent sans cesse devant moi. C’est insupportable. L’empire rival! L’empire ennemi! Québecor tu défendras!

Et ainsi de suite des jours et des jours durant.

Jusqu’à ce que tout ceci cesse. Mon Jedi à moi s’appelait Clauuuude. Il m’a su prêt. M’a octroyé les accès. J’étais un des leurs. J’étais un QUÉBECOR!

Mais quelque chose n’a pas fonctionné dans mon embrigadement. Le doute. J’ai toujours eu un doute.

J’ai bien essayé d’être aussi bon soldat que Martineau. J’ai bien voulu être aussi tough que lui, ce guerrier à la solde du leaaaader depuis si longtemps.

Mais il y avait ce doute.

Mes paramètres de protection du monde externe ont mal fonctionné. La Résistance s’est rendue jusqu’à moi.

Un message codé, d’un résistant aux lunettes fumées...

« Tu n’es pas libre Stiiiiiiiiiive! Un monde meilleur existe Stiiiiive! Un monde progressiste où cette influence n’existe pas! »

Il me faut me libérer de cet embrigadement. Car si j’en crois le monsieur de la Résistance, en dehors de mon carcan, tous les autres travailleurs du clavier sont libres et moi asservi...

Il a l’air gentil le monsieur aux lunettes fumées. Il doit avoir raison.