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Vous avez dit «francisation» ?

loi 101
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Vous avez dit «francisation» ? Voire même «intégration» des nouveaux arrivants ?

Ça tombe bien. La campagne électorale approche à grands pas et choix de visions diamétralement opposées il y aura entre le Parti libéral du Québec, le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire.

Cette semaine, la CAQ de François Legault sautait dans l’arène. Le journaliste Alec Castonguay de l’Actualité a obtenu une copie de la proposition caquiste sur l’immigration.

Pour lire son compte-rendu détaillé, c’est ici.

Reprenons le résumé qu’en fait M. Castonguay :

«Ce qu’il faut retenir de la plateforme de la CAQ en matière d’immigration

  • Création d’un Certificat d’accompagnement transitoire de trois ans, renouvelable en certaines circonstances;
  • Test de connaissance du français obligatoire;
  • Test de connaissance des valeurs québécoises obligatoire, basé sur la Charte québécoise des droits et libertés. Test élaboré par les fonctionnaires du ministère de l’Immigration;
  • Évaluation de la démarche de recherche d’emploi ou d’occupation d’un emploi pour rester au Québec;
  • Laisser au gouvernement fédéral le soin d’expulser ou de relocaliser ailleurs au Canada les immigrants qui échouent aux évaluations;
  • Bonification importante du budget de francisation et suivi personnalisé en cas d’échec des participants au programme;
  • Création d’un guichet unique pour l’intégration des immigrants;
  • Accélérer la régionalisation des immigrants et faciliter la reconnaissance des diplômes;
  • Négocier avec Ottawa la gestion du programme de réunification familiale;
  • Abaisser de 20 % le nombre d’immigrants admis, de 50 000 à 40 000.»

* Je reviendrai demain en chronique sur cette proposition caquiste sur l’immigration.

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Élargir le débat

En attendant la campagne électorale, on peut aussi consulter ce texte du Parti québécois sur la question linguistique. Pour la plateforme électorale finale du PQ, exceptionnellement, elle sera toutefois rendue publique avant la campagne, soit dès la fin mai.

Question d’ajouter encore plus au débat et nourrir la réflexion sur le sujet, permettez-moi de rafraîchir aussi nos mémoires sur un autre document. Celui-là,  de la CAQ.

Long de 26 pages et intitulé «Une langue commune à tous et pour tous. Mieux réussir la francisation des néo-Québécois», il était signé en 2016 par la députée caquiste Claire Samson.

Dommage qu’on l’ait vite oublié parce qu’on y trouvait déjà des pistes de réflexions et d’actions plus larges encore que celle de la proposition préélectorale de la CAQ sur l’immigration. Notamment sur l’Office québécois de la langue française. Au fil du temps, cet organisme majeur est devenu dangereusement politisé et par conséquent, d’une inefficacité sidérante.

Pour lire le rapport de Claire Samson, c'est ici.

***

Rompre le silence

En introduction, Mme Samson pose déjà le problème avec clarté :

«Avant tout, mon intention est de rompre le silence sur d’importantes lacunes constatées dans les milieux de la francisation. Il m’est également apparu important de faire la lumière sur le déclin inquiétant du français en milieu de travail, de même que sur l’usage de plus en plus généralisé de l’anglais par la fonction publique et parapublique québécoise dans les services aux immigrants.

En proposant une série de mesures pour faire de la francisation une véritable priorité nationale, je souhaite contribuer à ce que le français soit la langue commune de toutes et de tous. Ma préoccupation est tout aussi grande envers les immigrants que nous accueillons ici avec le souhait de les voir s’intégrer à notre société et s’épanouir parmi nous. Ce sont eux les premières victimes des ratés de la francisation au Québec, alors que celle-ci devrait être considérée comme une opportunité formidable, un véritable passeport pour une intégration réussie à la société québécoise, en même temps qu’une source de fierté pour celle ou celui qui parvient à atteindre la maitrise de notre langue.

Je le dis sans ambages : l’accès à la francisation devrait être un droit pour tous les immigrants. La responsabilité de fournir ce service essentiel pour notre société est un devoir du gouvernement du Québec

En grandes lignes, on y trouve plusieurs suggestions, dont celles-ci :

- Adoption d’une Politique nationale de francisation.

- Création d’un guichet unique de francisation.

- Donner un mandat ferme à l’Office québécois de la langue française (OQLF); le placer sous l’autorité de ministère de l’Immigration; augmenter ses ressources; en refaire un «acteur majeur de la francisation du Québec»; créer le poste de Commissaire à la langue française nommé par l’Assemblée nationale, donc indépendant du gouvernement du jour.

- Création de programmes obligatoires de francisation.

- Offrir aux nouveaux arrivants des services d’orientation professionnelle.

- Bonifier le soutien financier aux nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas déjà le français pendant qu’ils l'apprennent.

- Adoption de mesures concrètes pour faciliter une certaine régionalisation de l’immigration.

- Création d'un «programme particulier pour les entreprises comptant entre 26 et 49 employés de la communauté métropolitaine de Montréal. (N.B. Les entreprises de 50 employés et plus sont déjà soumises à la Charte de la langue française.) Ce programme mettrait l’accent sur le développement de la connaissance de la langue française chez les allophones. (...) Des programmes spécifiques à ces différents secteurs seraient élaborés par l’OQLF selon les réalités propres à ces milieux».

- Adopter une politique pour que «tous les ministères et organismes publics» soient «tenus de produire un plan d’action en matière de francisation» et «en faire rapport tous les trois ans à l’Assemblée nationale».

***

Comme quoi, dans les deux  principaux partis d'opposition, on se réveille enfin peu à peu sur cette question tout simplement vitale pour l'avenir du Québec.

Il reste à espérer que les électeurs finiront aussi par faire de même...