/misc
Navigation

Nos auteurs

CA_Antoine Genest-GrégoireCA_Véronique FournierMaxime Pelletier

375+1 bougies pour Montréal

SPE-JOUR-AN
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Coup d'oeil sur cet article

La métropole souffle 376 bougies aujourd’hui. À pareille date l’an dernier, la fête du 375battait son plein et célébrait avec faste la fondation de Montréal le 17 mai 1642. Cet anniversaire semble pourtant déjà si loin, comme si l’attention et toutes les énergies mises s’étaient déjà dissipées. Une fête consommée en 365 jours. En cela, cette célébration donne l’impression d’être le fidèle reflet de son époque vouée à l’instantanéité et au règne de l’image. Peut-être est-il encore trop tôt aussi pour en juger du succès.

Pourtant, cette fête s’est préparée longtemps d’avance. Dès 2010 la ville créait un bureau de projet. Puis, une vaste consultation en 2011 a permis de sonder les Montréalais sur leur vision et leurs ambitions pour le 375e. Une fois la Société des célébrations du 375e de Montréal créée, celle-ci a lancé un vaste appel de projets à grand déploiement et à l’échelle des quartiers suscitant plus de 1000 propositions. Elle a mobilisé les acteurs de la société civile et ceux du milieu des affaires autour de legs socio-économiques. Elle a orchestré l’année de festivités et le rayonnement ici comme à l’international. Cette feuille de route honorable a malheureusement été éclipsée par la chute fracassante de Gilbert Rozon, commissaire de la Société des célébrations du 375e de Montréal.

Un sentiment d’inachèvement

Les feux d’artifices ont ébloui, les dizaines, voire centaines, d’événements ont diverti. C’est tant mieux. Montréalais ou non, résidents ou visiteurs, nous avons tous célébré de près ou de loin les 375 ans de la plus grande ville francophone en Amérique du nord. Une fois les guirlandes décrochées et les confettis balayés, il reste toutefois un sentiment d’inachèvement ou plutôt de déception. Vous connaissez ce sentiment, lorsqu’adolescent on se faisait promettre la fête incroyable, la soirée à-ne-pas-manquer, et que l’attente de ce moment accaparait à temps plein notre esprit des semaines à l’avance. Cet état lorsque l’anticipation devient plus forte et excitante que le fameux party ! Cet état aussi de déception où finalement le jour venu, tout le monde s’ennuie un peu, s’amuse un peu, pas plus. Rien pour devenir mémorable, rien pour construire nos souvenirs.

Un ruban rouge qui s’étire...en 2018, en 2019, en 2020?

La ville de Montréal avait dans ses cartons une série de projets phares. Ce devait être l’occasion de se doter de plusieurs legs d’importance dont plusieurs auront été ni inaugurés, ni prêts pour l’année des festivités. Dommage. Le Square Viger est actuellement un site désœuvré en attente d’une métamorphose que l’on souhaite imminente. Le bain portuaire permettant la baignade dans le fleuve dans le Vieux-Port semble disparu du radar. Certains voient leur échéancier reporté pour des motifs légitimes, pensons au recouvrement de l’autoroute Ville-Marie ou à la réalisation de l’Esplanade Clark, tandis que d’autres lieux majeurs de Montréal tel le Biodôme et l’Insectarium se refont une beauté jusqu’en 2019. Il y a pourtant de très belles réalisations parmi ces legs. Allez vous promener dans le parc Frédéric-Back, découvrir le Jardin des origines ou arpenter la nouvelle entrée de ville Bonaventure pour vous en convaincre.

Il faut aussi chercher loin des projecteurs à l’échelle des quartiers et des arrondissements pour retrouver l’expérience collective de la ville que nous laisse le 375e. Nouvelles places publiques, réaménagement de parcs aux abords du fleuve, belvédère aux vues insulaires exceptionnelles, ces gestes contribuent à façonner Montréal durablement et à bâtir notre sens de la collectivité.

Une ville est plus que la somme de ses projets

Ce fameux sentiment de déception devant les attentes démesurées. Peut-être qu’en souhaitant faire du 375e anniversaire le « festival des festivals », ce sont l’enracinement, la durée, la mémoire des lieux qui ont été quelque peu oubliés par ce moment de célébration collective. Car une ville se bâtit et se transforme perpétuellement par les gestes architecturaux, d’aménagement, d’arts, par ces signatures concrètes qui y sont posées; les événements viennent habiter la ville et ses murs le temps de célébrer. Ces projets majeurs qui s’étiolent encore pour quelques années affectent le regard porté sur le 375e. Pourtant, ce ne devrait pas être la somme des chantiers qui définit les 375 ans de Montréal, mais bien sa capacité actuelle de se transformer par des gestes signature de son époque qui façonneront son avenir.

Célébrons aujourd’hui ses 376 ans, tout en gardant au frais quelques bonnes bouteilles pour inaugurer ces legs retardataires ! Bonne fête Montréal!