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La Presse: entre solidarité et humilité

La Presse: entre solidarité et humilité
Photo agence qmi, MAXIME DELAND

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J’ai un ami qui voit des complots partout.

Les Desmarais, me dit-il, ont acheté La Presse en 1967.

Dans les années qui ont suivi, le mouvement souverainiste est devenu de plus en plus menaçant.

Le fédéralisme de La Presse, lui, est devenu de plus en plus inconditionnel.

Le journal perdait de l’argent, mais son utilité politique justifiait qu’on le maintienne en vie.

Maintenant que la souveraineté est K.O., il n’est plus nécessaire d’y engloutir des millions.

Le journal a rempli son rôle. Que d’autres y pompent de l’argent s’ils y tiennent.

Vous trancherez : mon ami est-il parano ?

Inquiétudes

Je comprends l’angoisse des employés de La Presse, tous des professionnels compétents et dévoués.

Personne ne devrait se réjouir : tous les journaux sont aujourd’hui fragilisés par les mêmes causes.

Leur angoisse ne justifie toutefois pas le petit ton très désagréable emprunté ces derniers jours.

Le journal veut devenir un OSBL pour ne pas payer d’impôts, et pouvoir recevoir des subventions et des dons déductibles d’impôts.

En substance, ce qu’on entend ces jours-ci c’est : vite, adoptez la loi requise, ne posez pas de questions et, surtout, soyez so-li-dai-res...

Ah, la solidarité ! Je l’attendais celle-là...

Mais la solidarité envers qui, envers quoi ?

Est-ce la solidarité envers une opération visant à sauver le journal ?

Je me souviens d’une autre opération visant à sauver un journal. C’était en 2009.

Le Journal de Montréal offrait une semaine de 30 heures sur 4 jours, six semaines de vacances à taux majoré de moitié, et employait des gens dont les postes avaient été rendus obsolètes par la technologie.

Ces conditions avaient été consenties dans un autre millénaire et n’étaient plus soutenables.

Il s’en est suivi un très dur conflit de travail.

Certains parmi nous comprenaient ce que la direction devait faire et ont maintenu leur collaboration.

Plusieurs des commentaires les plus durs envers nous sont venus... de nos amis de La Presse.

Leur unique préoccupation était pour les lock-outés, pas pour l’effort visant à sauver le navire.

Aujourd’hui, au nom du sauvetage du journal et de la solidarité, il faudrait bénir la transformation demandée sans poser la moindre question ?

Questions

On va peut-être m’objecter qu’il faut plutôt être solidaire des 500 employés.

Est-ce manquer de solidarité que de se demander si, OSBL ou pas, on peut maintenir autant d’employés dans le contexte actuel ?

Beaucoup de questions se posent : sur l’ampleur du gouffre actuel, sur la concurrence entre un journal subventionné et un journal non subventionné, sur l’indépendance d’un journal subventionné, sur les autres manières possibles pour l’État d’aider les médias, etc.

Il n’est que normal que nos élus aient des réponses avant de trancher.