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Un an de «chasse aux sorcières»

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L’enquête sur l’affaire russe en est à son premier anniversaire. Selon Donald Trump, il s’agit d’une chasse aux sorcières qui n’aboutira à rien. C’est faux, mais il mène néanmoins un combat politique pour miner la crédibilité du procureur Robert Mueller, avec un certain succès.

Il y a un an jour pour jour, Mueller était mandaté pour enquêter sur l’ingérence russe dans l’élection de 2016 et l’implication possible de la campagne de Donald Trump.

Aujourd’hui, le président et son entourage somment Mueller de conclure l’enquête « pour le bien du pays ». Ils accusent l’équipe de Mueller d’être partiale. Ils jugent que l’enquête a déjà duré trop longtemps et qu’elle est inutile.

Ça sonne faux

Ces critiques sont injustifiées. D’abord, Mueller est un républicain et les membres de son équipe sont reconnus pour leur probité, leur indépendance et leur discipline.

Ensuite, il est normal que ce genre d’enquête soit longue. Sous Reagan et Clinton, des procureurs spéciaux sont restés en poste plus de six ans.

En fait, l’enquête de Mueller a été remarquablement rapide si l’on considère le nombre et la force des mises en accusation à ce jour.

Ennuis réels pour Trump

Il est ridicule de prétendre qu’une enquête qui a déjà donné lieu à de multiples accusations sérieuses n’aboutira à rien. Plusieurs membres de l’entourage de Trump ont déjà plaidé coupables à des accusations criminelles et déballé leur sac aux enquêteurs.

Des poursuites ont été déposées contre les responsables russes de l’ingérence et contre deux proches collaborateurs de Trump, Paul Manafort et Rick Gates.

Il existe déjà dans le domaine public des éléments de preuve accablants contre Trump et son entourage et ceux-ci ne représentent probablement qu’une fraction de ce que Mueller a en main.

Pour ajouter aux ennuis de Trump, la saisie massive de documents chez son avocat Michael Cohen a fourni aux autorités beaucoup d’autres informations potentiellement incriminantes.

Combat politique

Les résultats de l’enquête ont de bonnes chances d’être accablants pour Trump, mais Mueller lui-même reconnaît qu’il est extraordinairement difficile de traduire un président en exercice devant les tribunaux.

Comme le jugement final sera politique, le président a choisi de transposer le combat dans le champ politique. À défaut de pouvoir désamorcer l’enquête, Trump attaque de front la crédibilité des enquêteurs et celle des médias qui rapportent fidèlement les faits qu’ils exposent, avec un certain succès.

Cette stratégie semble lui réussir. Aujourd’hui, la majorité des républicains voient l’enquête comme une chasse aux sorcières. Cette perception, renforcée quotidiennement par les médias de droite inféodés à Trump, pourrait inciter les législateurs républicains à rejeter les conclusions de Mueller.

Après le Watergate, Richard Nixon avait démissionné parce qu’il savait que les faits qui l’incriminaient finiraient par être connus et acceptés par l’ensemble du public. Aujourd’hui, Donald Trump semble déterminé à miser sur la désinformation d’une partie suffisamment grande du public afin d’éviter de subir le même sort.