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Une télé multiethnique, mais pas sans condition

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Plus de 10 % de la population canadienne n’est ni d’origine anglaise ni d’origine française. Compte tenu de notre bas taux de natalité et d’une immigration élevée, le pourcentage de Canadiens d’origines étrangères augmente chaque année.

Chaque région du Canada compte des groupes importants d’immigrants de même nationalité. Vancouver est un exemple frappant de cette situation. Dans cette métropole qui grossit à vue d’œil, la langue seconde n’est pas le français, mais le mandarin et le cantonais.

Une dizaine de minorités différentes, des Indiens aux Philippins en passant par les Italiens et les Espagnols, comptent chacune environ un demi-million de personnes. Même si la plupart habitent nos grandes villes, plusieurs immigrants sont établis en région rurale. Plus que les citadins, ils réclament une télévision qui parle leur langue.

UNE DEMANDE PLUS QU’EXAUCÉE !

Le Canada est l’un des pays d’Occident qui offre le plus grand nombre de chaînes de télévision en langues étrangères. OMNI Régional, le service national multilingue de Rogers Média, présente des bulletins de nouvelles quotidiens en cantonais, en mandarin, en italien et en pendjabi, en plus d’offrir chaque semaine des émissions locales d’affaires publiques dans plusieurs langues. Depuis septembre dernier, le service est inclus dans le forfait numérique de base, grâce à une « p’tite vite » passée au CRTC.

Rogers avait demandé une licence pour un service national FACULTATIF de télévision multilingue à caractère multiethnique devant s’appeler OMNI Régional. Rogers a si bien démontré l’importance de son service qu’au final, elle a obtenu qu’il soit inclus au service numérique de base, donc distribué de façon obligatoire.

Comme s’ils avaient été pris de court, les commissaires ont accédé à cette demande ultime, mais seulement pour trois ans.

Fait inusité, le jour même de leur décision, ils ont lancé une demande pour un service national de télévision à caractère multiethnique offrant des programmes dans plusieurs langues, y compris des nouvelles et de l’information, le tout d’un point de vue canadien. Histoire de sauver la face, ils ont justifié leur demande en expliquant « que le service proposé par Rogers ne répondait pas exactement à leurs attentes ».

HUIT RESTENT EN LICE

Le mois dernier, le CRTC a finalement choisi les huit requérants dont il examinera l’offre. Chacun, dont Bell et Rogers, doit convaincre le Conseil que son offre est la meilleure et que le réseau proposé a toutes les qualités pour faire partie du service de base obligatoire. Les volontés du CRTC étant aussi imprévisibles que celles de Dieu le père, Rogers, qui est en pôle position, ne sera pas forcément gagnante.

Quoi qu’il en soit, les commissaires doivent garder en mémoire qu’ils ont réclamé un réseau multiethnique et multilingue qui présente l’information et les nouvelles d’un point de vue canadien. C’est de loin l’aspect le plus important.

UNE ARME À DEUX TRANCHANTS

En immigration, la télévision est une « arme à deux tranchants ». Elle peut devenir un puissant moyen d’intégration, mais elle peut aussi favoriser la propension normale des immigrants à se regrouper pour constituer des ghettos. C’est très facile et surtout très économique pour un réseau multiethnique et multilingue de farcir généreusement ses écrans d’émissions étrangères sans égard au contenu canadien, desservant ainsi l’intégration.

Seul le contenu canadien contribue vraiment à faire des immigrants d’authentiques citoyens, plutôt que des étrangers en résidence.