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Cinéma québécois: c’est quoi la joke?

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Est-ce qu’on peut se parler franchement de cinéma québécois ?

Est-ce qu’on peut poser des questions sur le financement de cette industrie sans se faire traiter de méchant suppôt d’extrême droite ?

Est-ce qu’on a le droit de trouver indécent de donner des millions pour des films qui ne seront vus que par la famille et les amis du cinéaste ?

Est-ce qu’on a le droit d’exiger qu’on surveille mieux la façon dont les fonds publics sont utilisés ?

« TCHIK-A-TCHIK »

Avez-vous lu l’excellent dossier de mes collègues Maxime Demers et Cédric Bélanger ? On y apprend entre autres que « la majorité des films québécois qui ont pris l’affiche sur grand écran au cours des quatre dernières années n’ont pas réussi à trouver leur public ».

Je défendrai toujours bec et ongles l’importance pour un peuple de soutenir son cinéma. Mais ça ne signifie pas qu’on n’a pas le droit de poser des questions.

Quand je lis : « De 2014 à aujourd’hui, les deux organismes subventionnaires (SODEC et Téléfilm) ont versé 212 M$ pour la production et la mise en marché de films, qui ont amassé des recettes de 52 M$ », ai-je le droit de demander si on en a eu pour notre argent avec ces 160 millions investis à perte ?

Quand je vois qu’Hochelaga, terre des âmes, qui a reçu 15 M$, n’a eu qu’un box-office de 717 954 $, ai-je le droit d’avoir un petit goût amer dans la bouche ?

Quand je vois que le film Qu’est-ce qu’on fait ici (2014) a reçu 1 593 000 $ de financement, mais n’a été vu que par 788 personnes, ai-je le droit de demander : « Qu’est-ce qu’on a fait là ? » (En passant, cela fait 914 $ par spectateur qui a vu le film...)

LE DÉCLIN

Quand on parle de financement du cinéma québécois, il y a des extrémistes des deux côtés.

Il y a ceux qui pensent qu’on devrait ouvrir le robinet et donner des millions à tous les cinéastes qui en font la demande, sans tenir compte du succès de leur film.

Et il y a ceux qui pensent qu’on devrait fermer le robinet et arrêter de pomper du fric dans une industrie qui ne rapporte pas suffisamment.

Personnellement, après avoir lu le dossier de mes collègues Maxime Demers et Cédric Bélanger, je pense qu’on devrait simplement mieux surveiller la façon dont on dépense l’argent public. Ni inonder ni régime sec.

Lors de son passage à TLMEP, Denys Arcand déplorait qu’on ne parle que de fric quand on parle de cinéma : combien ça a coûté et combien ça a rapporté au lieu de parler des qualités artistiques du film.

Peut-être qu’on en parle trop. Mais ce n’est pas vrai qu’on doit complètement arrêter d’en parler. Il ne faut pas non plus faire semblant que l’on fait des films dans un pays où l’argent pousse dans les arbres.

Comme le disait Vincent Guzzo dans Le Journal samedi : « Il y a des films qui font du 50 000 $. Il faut se demander à quoi pensait la personne qui a dit qu’on leur donne de l’argent. Et quand le même cinéaste est financé une deuxième ou une troisième fois pis que ses films ne font pas mieux, c’est quoi la joke ? »