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Le mythe du mythe de la crise des hommes

Louis Cyr
Photo d'archives

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C’est devenu délicat de parler de masculinité. On se fait rapidement dire: de quoi les hommes Blancs qui dominent toutes les sphères de la société depuis des décennies peuvent-ils bien se plaindre? Et juste lancé comme ça, comme une gifle au visage, le réflexe est de dire: en effet.


Il faut aussi dire que trop de nos “porte-paroles” non officiels sont des caricatures. Entre les agresseurs en série et les fanatiques des armes ça donne le goût de se dissocier de son genre.


On s’est même écrit un beau petit livre, La crise de la masculinité - Autopsie d'un mythe tenace. Écrit par un homme, un prof, donc ça doit être vrai qu’il n’y a pas de crise de la masculinité! Affaire classée, merci Francis Dupuis-Déri! Son propos n’est pas exactement cela? Pas grave! Il sert bien le discours populaire.


Au lendemain d’une autre tuerie de masse dans une école, j’ai une autre vision de tout ça.


Sur 95 tueries de masse aux États-Unis entre 1982 et 2017, 92 furent perpétrées par des hommes, trois impliquaient des femmes. À large majorité, des hommes de race Blanche.


Le taux de suicide chez les hommes est trois fois plus élevé que chez les femmes au Canada. 18 pour chaque 100 000 personnes pour les hommes, 5 pour chaque 100 000 personnes chez les femmes. C’est pas un mythe, ça, c’est un chiffre.


Les écarts de réussite scolaire entre les filles et les garçons du Québec, ce n’est pas un mythe ça non plus, c’est un chiffre.


Les hommes meurent trois fois plus sur les routes (286 hommes vs 99 femmes en 2016) au Québec. Un autre chiffre bien trop réel.


Les hommes tuent leur ex, presque jamais l’inverse.


Les hommes ne sont pas en crise? Ils font juste tuer leurs compatriotes et se tuer eux-mêmes dans une proportion effarante comparativement aux femmes. Dans n’importe quel autre contexte, on appellerait ça une méchante grosse crise.


Maintenant, est-ce que celle-ci est due au féminisme, à la “maternisation”? Foutaises. Elle est due à l’homme, à ce qu’on lui enseigne (ou pas, surtout) sur la masculinité. “On” étant les parents, l’école, la culture, le climat, l’internet etc.

Il y en a une crise. Elle dure depuis des décennies. Je crois qu’elle s’aggrave parce que maintenant, les hommes prennent des armes, des camions et autres moyens horribles pour exprimer leur malaise.


La cause des femmes et la cause des hommes ne devraient pas s'exclure mutuellement parce que justement, l’une affecte directement l’autre. On peut, par exemple, vouloir un congé parental plus long pour les pères et voir ça comme un enjeu totalement féministe, comme le suggère Marilyse Hamelin dans son livre Maternité, la face cachée du sexisme.


Trop de gens les mettent en opposition. Comme si les femmes et les hommes ne pouvaient pas souffrir en même temps, pour des raisons différentes mais toutes aussi valides. En laissant les extrémistes des deux camps dominer le discours (ou du moins le faire dévier via leur prisme déformant), on se nuit tous et on ne règle rien.

Quelles sont les solutions? Je l'ignore. Changer le paradigme masculin certainement. Investir en santé mentale, sans aucun doute. Et plus encore.

Je sais ce qu’il ne faut pas faire surtout: dire à quiconque qui souffre clairement, peu importe son sexe, son origine, son âge, ses opinions politiques, ses croyances: ta gueule, on ne veut pas t’entendre.

Les gens trouvent toujours le moyen de se faire entendre, tôt ou tard. Sans ou, de plus en plus souvent, avec victimes.