/misc
Navigation

Ma lettre d'amour à Bonhomme

reine carnaval
Simon Clark/Agence QMI

Coup d'oeil sur cet article

Salut Bonhomme, salut Bonhomme ! (selon la chanson, il faut te saluer deux fois :).  Toi qui as de la difficulté à supporter la chaleur, j’espère que tu ne prends pas le printemps trop difficilement et que tu profites de ce moment pour te reposer un peu. Tu le mérites!
 
Tu sais Bonhomme, je t’aime. Mes meilleurs souvenirs d’hiver sont liés à ta fête.
 
Je revois mon père et ma mère les joues rouges regarder la parade, petit flasque ou bière à la main, essayant de nous faire une place en avant pour qu’on ne rate rien. Entre deux vrombissements de trompettes, j’entends mon père qui crie fort lors de ton arrivée: Salut Bonhomme!
 
Je ressens encore la bouffée de chaleur de la maison de ceux qui nous accueillent et qui nous servent un bon bouillon chaud lorsque nous rentrons. C’était le bon temps! Et c’était le temps de la parade de la Basse-Ville...
 
J’ai su dernièrement Bonhomme que des changements majeurs allaient être apportés à ta programmation. Aimant mon Carnaval de tout coeur, je dois d’abord souligner le fait que celui qui a été désigné pour brasser la neige est très compétent. Tu dois être fier de compter Daniel Gélinas dans ton équipe!
 
Je suis aussi très heureuse de voir que ce capitaine se soit entouré d’un comité d’experts réunissant entre autres Marc Gourdeau, Patrick Caux et Nancy Bernier.
 
Laisse-moi te les décrire rapido. Marc Gourdeau est un hyperactif du milieu culturel: il est partout! Depuis plusieurs années, il dirige le Théâtre Premier Acte. Un théâtre dédié aux créations de la relève théâtrale à Québec.
 
Patrick Caux a travaillé entre autres avec Robert Lepage et avec le Musée national des beaux-arts de Québec! Y’é tellement smath et intelligent! Je l’admire.
 
Nancy Bernier est la directrice artistique du parcours 400 ans chronos organisé à l’occasion des fêtes du 400e de Québec. Ce spectacle grandiose réunissait plus de 150 artistes! Elle connaît tout le monde.
 
Cette collaboration avec des artistes me fait fondre Bonhomme! Bravo! J’ai une totale confiance en ces gens.
 
Maintenant, j’aimerais te parler de celles que tu as perdues: tes duchesses. Je sais, c’est la deuxième fois qu’on te fait le coup. En 1996, on t’a enlevé tes princesses. Après 18 ans d’absence, elles sont revenues, et là, pouf! Disparues.
 
Je dois t’avouer, Bonhomme, que cette décision me réjouit. Je m’imaginais souvent un.e touriste de New-York arborer un regard perplexe suite à sa lecture d’un magazine touristique de la Ville de Québec, découvrant un Bonhomme de neige gigantesque entouré de jeunes dames (en bas de 35 ans svp), majoritairement blanches, reproduisant encore et encore le modèle de femme qu’on nous sert depuis maintenant beaucoup trop d’années: «I’m I in  Back to the future movie?!?».
 
Aujourd’hui, grâce à cette deuxième fin de l’histoire des duchesses, il y a plus de place dans ton coeur pour accueillir la diversité! Car oui, la diversité culturelle, sexuelle et corporelle est un enjeu important en 2018, surtout quand il s’agit de la représentation des femmes, et si on ne souhaite pas s'en soucier, bin c'est mieux d'en finir. 
 
Le Carnaval d’aujourd’hui se doit d’être représentatif de sa population, une population à l’image du tartan de ta ceinture fléchée. La formule passéiste des duchesses ne répond pas à ça.
 
Certaines personnes pensent que parce que je suis contre la formule «classique» des duchesses, je suis contre les traditions. Je vais donc revenir encore plus en arrière pour te prouver le contraire.
 
Savais-tu Bonhomme que l’origine de ta fête remonte à certaines célébrations romaines et grecques datant de l’antiquité? Un historien des religions, Mircea Eliade, écrit ceci à propos des carnavals et des fêtes liées à la nouvelle année:
 
«Toute nouvelle année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie. Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d'éléments qui (...) répètent les moments mythiques du passage du chaos à la cosmogonie.»
 
C’est pour cela que la notion de party au Carnaval est importante: le Carnaval c’est aussi le chaos. Un chaos organisé certes, mais existant pour mieux revenir à l’ordre établi. Il faut faire revenir la fête, la vraie, et surtout susciter la participation de la population. 
 
Les gens de Québec veulent festoyer, se rencontrer pour rire, chanter et danser, dehors, l’hiver! Il n’y a rien de mal à ça, et en soi, c’est quand même spectaculaire de vouloir fêter l’hiver! Je pense qu’il faut miser là-dessus.
 
J’ai parlé plus haut de mes souvenirs liés à la parade de la Basse-Ville. Bonhomme, je comprends que tu dois faire des choix, et que ton coffre aux trésors n’est pas celui de Jack Sparrow, mais tu ne dois pas perdre de vue ta base.
 
Dans sa définition, un Carnaval est aussi un renversement de l’ordre établi. Un moment où le peuple prend la place des rois et des reines pour prendre le contrôle de la ville. C’est pour ça qu’on te donne la clé de Québec Bonhomme! En tout cas, c’est comme ça que je le vois.
 
J’espère donc qu’avec tes amis les Knucks (s’t’une joke, ils n’existent plus eux aussi...), vous saurez vous allier, comme par les années passées, avec des citoyen.ennes qui organisent déjà des activités dans les différents secteurs de la ville. J’ai compris que ce serait effectivement le cas et que de nouveaux partenariats seront développés. Super!
 
Finalement, je te laisse avec une suggestion qui met en valeur tes traditions. Il y a deux ans, j’ai assisté à un concert extraordinaire de la Fanfare Monfarleau qui, à chaque année depuis au moins 5 ans, reprend tes grands classiques.
 
Quel bonheur d’entendre LIVE le fameux «Carnaval, Mardi gras, Carnaval...» de Pierrette Roy interprété magnifiquement par Liette Remon! Je te jure Bonhomme, si tu veux mettre une activité initiée par des artistes d’ici de l’avant, c’est celle-ci.
 
J’imagine tellement un grand bal d’hiver extérieur avec un immense bar en glace réunissant les chansons classiques reprises par la Fanfare Monfarleau ainsi que quelques-unes remixées par un DJ! Une belle fusion entre tradition et modernité.
 
Sur ce, je te conseille de rester bien caché dans ton congélateur parce qu'aujourd'hui à Québec, il fait chaud en titi! 
 
xxx Marjorie, qui t'aime.