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La beauté de l’inachèvement

Le spectacle Non Finito explore les nombreux projets jamais complétés

La beauté de l’inachèvement
Photo courtoisie, Jonathan Lorange

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Comme bien des gens, Claudine Robillard a entrepris toutes sortes de projets qu’elle n’a jamais menés à terme. Avec Non Finito, elle souhaite soulager et relativiser les douleurs liées à l’inachèvement et insuffler un désir de faire bouger les choses.

Claudine Robillard, cofondatrice de la compagnie de création Système Kangourou.
Photo courtoisie, Jonathan Lorange
Claudine Robillard, cofondatrice de la compagnie de création Système Kangourou.

À l’affiche à la Caserne Dalhousie, les 5, 6 et 7 juin, à l’occasion du Carrefour international de théâtre, Non Finito s’intéresse, dans une époque axée sur la performance, aux projets inachevés.

« C’est une entreprise folle et belle, et de s’attarder aux projets inachevés qui nous hantent et de vouloir leur donner une dernière chance, en les présentant et en relevant le défi d’essayer de les concrétiser devant les spectateurs, avec les moyens du théâtre, afin de peut-être s’en délivrer », indique-t-elle, lors d’un entretien.

Une accumulation de projets inachevés, qui a ponctué la jeune existence de la cofondatrice de la compagnie de création Système Kangourou, s’est avérée l’élément déclencheur de Non Finito.

Certains projets tenteront d’être menés à terme sur les planches.
Photo courtoisie, Jonathan Lorange
Certains projets tenteront d’être menés à terme sur les planches.

« J’étais à la mi-trentaine, à un âge où les grands sportifs prennent leur retraite, et j’avais l’impression d’avoir une espèce d’anti-curriculum vitae qui s’écrivait en marge de mon CV existant », fait-elle remarquer.

Incapable de mener à terme une performance solo intitulée Faire de quoi de grand a été la goutte qui a fait déborder le vase.

« C’était un autre projet, pour toutes sortes de raisons, que je n’arrivais pas à terminer et qui a réveillé tous les autres, inachevés, que je n’ai pas réalisés par manque de temps, d’argent, d’intérêt, d’audace et de courage », mentionne-t-elle.

Effets bénéfiques

N’étant pas la seule à être dans ce genre de situation, Claudine Robillard sentait que ce sujet pouvait faire écho dans la vie des autres.

Non Finito est un objet théâtral performatif qui explore les bons et les mauvais côtés de l’inachevé.
Photo courtoisie, Jonathan Lorange
Non Finito est un objet théâtral performatif qui explore les bons et les mauvais côtés de l’inachevé.

Non Finito se déploie à l’intérieur d’une expérience performative qui explore l’inachevé, en compagnie de quatre non-acteurs, qui sont aussi propriétaires de projets abandonnés sur le bord du chemin.

« Michel-Ange, précise-t-elle, a toute une série de sculptures qu’il a choisi de laisser inachevées, parce qu’il sentait qu’il n’arriverait jamais à insuffler la vie et l’énergie qu’il y voyait, dans la matière », explique-t-elle.

Il est tout à fait normal, ajoute-t-elle, de ne pas mener à terme tous les projets entrepris. Le contraire serait totalement irréaliste.

« On peut-tu juste faire des affaires et en être fier, au lieu de se projeter dans des entreprises inimaginables et être déçu parce qu’on ne les mène pas à terme ? L’inachèvement, c’est aussi la vie, le désir et quelque chose qui s’oppose à un produit lisse et figé et il y a aussi quelque chose de beau là-dedans », lance-t-elle.

Non Finito a permis à Claudine Robillard de mieux accepter l’inachèvement qui était, pour elle, quelque chose de douloureux.

« L’inachèvement de mon spectacle solo Faire de quoi de grand m’a amenée à faire Non Finito. Il y a eu un impact dans ma réalité », fait-elle savoir.

Elle constate aussi les effets bénéfiques chez les spectateurs qu’elle croise après les représentations.

« Je sens que c’est un spectacle qui botte le cul, qui nous plonge dans l’espèce de regret de ne pas avoir achevé nos projets et qui insuffle un désir de foncer, d’en prendre un et de le mener à terme. »


► Non Finito est présenté les 5, 6 et 7 juin, à 20 h, à la Caserne Dalhousie.