/weekend
Navigation

La délicatesse des liens

Quelques lieux 
de Constance
Catherine 
Lavarenne
Héliotrope
163 pages
Photo courtoisie Quelques lieux de Constance Catherine Lavarenne Héliotrope 163 pages

Coup d'oeil sur cet article

Quelques lieux de Constance est un roman qu’on traverse sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger, ne rien brusquer, attentif aux liens familiaux qui sont à se retisser.

Constance doit décider si elle signe ou pas le document qui mettra fin aux soins qui maintiennent artificiellement sa mère en vie. C’est même ce qui l’a ramenée à Montréal, après vingt ans à se promener en tournées, au gré de sa carrière de musicienne.

Une fois sur place, Constance réalise toutefois que le bref aller-retour qu’elle avait envisagé se trouve lesté d’un tas de souvenirs qui retiennent son geste. Ce sont ces lieux-là que nous revisiterons avec elle, donnant de plus en plus de consistance à cette femme secrète, toujours à deux doigts de s’échapper.

D’ailleurs, les rapports particuliers qu’elle a avec son frère Sébastien étonnent, faits à la fois d’éloignement et de grande compréhension.

Jusqu’à ce que l’on apprenne que Constance a en fait été adoptée et que ce sont les liens qu’elle se fabrique en toute indépendance qui dictent ses appartenances. Sébastien, qui l’a compris depuis leur enfance, va donc la « laisser aller », comme dit Constance.

Celle-ci va reprendre sa place à tout petits pas dans la ville et auprès des siens. Elle reste d’abord à distance de tout – de son frère et sa famille, de sa mère à l’hôpital. Puis, le hasard met sur sa route une vieille dame, Mme Padoie, qui perd la mémoire et qui prend Constance pour une autre. Alors Constance joue le jeu, s’attache.

Il faut dire que c’est facile de parler avec la gentille Mme Padoie : on peut le faire en toute liberté puisqu’elle en retient très peu. Or, Constance a des secrets à partager : sa petite enfance, tout en bonheur, auprès de sa mère de chair. Jusqu’à ce que les amours difficiles et la bohème l’emportent.

C’est ainsi que Constance a de plus en plus trouvé refuge chez son voisin Sébastien, finissant par rester dans cette famille née de l’amitié.

Regard des patients

Nous prenons conscience de cette histoire d’une manière originale, à travers le regard des patients qui entourent Mme Padoie dans sa chambre d’hôpital et qui entendent Constance la lui raconter. Parallèlement, celle-ci, en se remémorant, apprend pour de bon à rejoindre la famille qu’autrefois elle s’était choisie.

Tout cela donne un roman tout en délicatesse, le premier de l’auteure Catherine Lavarenne. On y apprécie la finesse de l’intrigue, qui évite les écueils du sensationnalisme, et surtout la description juste des gestes du quotidien, qui font la saveur du récit.

Dès la toute première phrase, alors qu’un homme « boit son café en tapotant délicatement de sa petite cuillère le bord de sa tasse blanche », le ton est installé.

Au dernier chapitre, quand le frère et la sœur se retrouvent, on lit cette phrase : « Le silence était plein. » Voilà qui résume bien le charme de ce court roman.