/weekend
Navigation

Le grand public dans la mire

Grands Ballets Canadiens de Montréal
Photo courtoisie, Sasha Onyschenko Les danseurs des Grands Ballets canadiens lors d’une répétition de Vendetta : Storie di Mafia, une création originale de la chorégraphe Annabelle Lopez Ochoa.

Coup d'oeil sur cet article

C’est un ballet mettant en vedette un personnage féminin fort et émancipé que présente la chorégraphe belgo-colombienne Annabelle Lopez Ochoa avec Vendetta : Storie di Mafia, une œuvre spécialement conçue pour les Grands Ballets canadiens de Montréal.

Destiné à un large public, ce spectacle, que l’on présente comme une invitation à s’infiltrer dans le milieu de la pègre et qui se déroule à Chicago dans les années 50, promet d’amener une bonne dose d’action, mais aussi d’humour sur les planches du Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Entretien avec sa créatrice.

Pourquoi avoir voulu explorer l’univers de la mafia, dans le cadre de cette nouvelle création ?

En fait, le thème de la pièce, c’est celui d’une relation entre un père et sa fille. On y présente une femme qui a fait une ascension au sein d’un monde dans lequel on ne croit pas au leadership des femmes, je dirais. Le père est très fier de sa fille, tout comme le père de l’activiste pakistanaise Malala (Yousafzai). Son père s’est souvent fait demander par les journalistes ce qu’il avait fait pour que sa fille devienne ce qu’elle est. Il disait toujours qu’il fallait plutôt se demander ce qu’il n’avait pas fait. Il disait qu’il ne lui avait pas coupé les ailes. Je me suis inspirée de ça. Dans le monde de la danse classique, où tout est plutôt sucré, romantique et joli, je voulais aborder un univers totalement obscur pour y mettre un peu de punch et inviter le public de la danse classique à voir d’autres histoires. Le monde de la mafia, c’est en fait un monde de familles, dont les membres sont très loyaux les uns envers les autres. C’est aussi pour le côté cinématographique de l’histoire que je l’ai choisie. Je me disais que, visuellement, ça pourrait être intéressant. J’ai posé l’histoire dans les années 50, parce que je suis une fan de Mad Men et de la mode de cette époque, mais aussi parce qu’à ce moment-là, le plus haut titre que les femmes pouvaient acquérir, c’était celui de la femme au foyer parfaite. C’est dans les années 50 que les femmes ont pu commencer à s’émanciper.

La création de cette œuvre a donc été teintée par vos convictions féministes ?

Oui, complètement. Je considère que les gens doivent changer leur vision de la danse classique et leur vision de la femme dans ses histoires. Dans les histoires présentées en danse classique, il faut toujours que la femme soit sauvée par un prince, qu’elle se marie, qu’elle soit trompée ou qu’elle devienne folle. Ici, elle n’est pas folle du tout. Elle prend sa vie en main en devenant le prochain parrain.

Cette œuvre a été mise en place spécialement pour Les Grands Ballets. Parlez-nous de sa création.

J’ai écrit l’histoire moi-même. Je me suis basée sur beaucoup de documentaires sur la mafia. J’en ai vu 12 ou 13. J’ai vu le film Le Parrain il y a 30 ans, puis encore il y a un an, et je me suis dit que c’était impossible, pour moi, de raconter cette histoire, puisqu’elle est beaucoup trop compliquée. C’est comme ça que j’ai eu l’idée de me baser sur des documentaires qui parlaient aussi des enfants de la mafia et des femmes qui sont mariées à des mafiosos. J’ai donc écrit le spectacle il y a un an et je suis venue ici en novembre et décembre pour peaufiner le scénario.

Vous présentez une histoire dans laquelle évoluent plusieurs personnages issus de différentes familles. Comment avez-vous abordé ce défi narratif ?

Le défi que j’adore, quand on présente un ballet narratif, c’est justement de faire en sorte que le grand public puisse comprendre la pièce sans en avoir lu le synopsis. Il y a des règles à suivre, au niveau de la narration, pour présenter tous les personnages et pour que ce soit clair. Dans cette œuvre, il y aura de la danse-théâtre, de la danse moderne, de la danse classique et même du musical. C’est un spectacle qui s’adresse vraiment au grand public et qui n’est pas du tout abstrait. Il y aura aussi de la vidéo pour illustrer le côté cinématographique. Nous passerons du noir et blanc jusqu’au très coloré, à la fin. Ces éléments-là sont importants, puisqu’ils contribuent au fait que le public ne soit pas obligé de lire le synopsis pour comprendre l’histoire.


Vendetta : Storie di Mafia sera présenté au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’au 2 juin.