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Rencontre avec Madame Intelligence Artificielle

Rencontre avec Madame Intelligence Artificielle
Louis Delisle

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C2 Montréal, au-delà des gaufres sur un bâton et des installations artistiques immersives, est le lieu de rencontres inespérées. J’ai croisé Joelle Pineau, ponte de l’intelligence artificielle (IA) et directrice du laboratoire Facebook en IA à Montréal.

Une bonne occasion pour discuter de ce phénomène, pas si nouveau, mais dont la renommée et l’imminence provoquent aujourd’hui autant d’espérance que d’inquiétude.

Définir l’intelligence artificielle

Mme Pineau précise que «c’est des algorithmes qui roulent sur des ordinateurs et qui sont capables de comprendre de l’information complexe. Et puis, ils analysent cette information pour retrouver des patterns qui peuvent ensuite être utilisés pour prendre des décisions.

Donc c’est la connexion entre l’information qui rentre, le traitement de cette information et la décision qui est prise».

L’intelligence artificielle existe depuis les années 1950, lorsqu’Alan Turing (le héros du film The Imitation Game) s’est demandé si une machine pouvait penser.

Depuis, des centaines de travaux se sont succédé et ont pavé le chemin de grandes découvertes qui nous amènent à notre modernité.

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monsitj - stock.adobe.com

La situation actuelle

La question est large, mais Joelle Pineau pense que « sur certains plans, on a fait beaucoup de progrès dans les dernières années ».

En ce moment, nous nous sommes beaucoup améliorés en traitement de l’image et en reconnaissance vocale.

« La qualité s’est vraiment améliorée en raison des progrès en intelligence artificielle. On travaille beaucoup sur la compréhension du langage pour soutirer l’information ».

Pratiquement, des avancées ont eu lieu dans le milieu médical. Mme Pineau nous a notamment fait part de technologies qui présentent de l’information mieux calibrée aux médecins ou qui développent des stratégies de traitement optimisées par rapport aux patients.

De son côté, elle a aussi travaillé sur des applications au niveau des dons de sang sur Facebook qui utilisent l’IA ainsi que sur un fauteuil roulant qui peut se conduire par lui-même.

Récemment, le programme AlphaGo de Google a battu des champions du jeu de Go. Ceci est une grande avancée puisque le jeu en question demande un certain degré d’intuition et de créativité, qualités que l’on croyait réservées aux humains.

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Franck V. - Unsplash

Les attentes pour les prochaines années

« J’ai plein de curiosité par rapport à la recherche plus fondamentale », insiste la directrice du laboratoire de recherche en IA de Facebook.

Pour elle, il faudra s’outiller pour que les machines prennent de meilleures décisions, en particulier quand l’information perçue n’est pas exacte ou quand elle provient de sources non fiables.

La recherche de Mme Pineau s’axe plutôt sur les applications de ces modèles en cherchant à avoir un impact dans la vie quotidienne des gens.

Les inquiétudes et les questionnements

En bon spectateur de Black Mirror, je ne peux m’arrêter à l’aspect positif de l’IA sans mentionner les risques de ces modèles dont certains présagent qu’ils pourront être autonomes dés 2047.

Au-delà de la science-fiction, la singularité désigne le moment où la machine supplanterait l’Humain, ce que certains considèrent comme un moment décisif, soit vers une utopie, soit vers une catastrophe robotique.

« Je dirais que ce n’est pas un discours qui m’intéresse tant que ça. Honnêtement, avant qu’on se rende là, ça va être de longues années. Et entre temps, y a tellement de beaux défis à relever », pense Mme Pineau.

Quand je relève le risque que présente l’automatisation guidée par l’IA pour les travailleurs à travers le monde – certains analystes parlent de 800 millions de jobs perdus d’ici 2030 à cause de ce phénomène – la professeure de McGill relève l’adaptabilité des sociétés humaines :

« À mon avis, la créativité humaine étant ce qu’elle est,  on n’est pas du tout à risque que des gens qui veulent travailler se trouvent des occupations créatives intéressantes. Peut-être que ce ne sera pas tous des chauffeurs de camion. Mais on s’entend qu’il y a peut-être des choix plus intéressants ».

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zhu difeng - stock.adobe.com

Parmi les craintes suscitées par l’IA, la surveillance généralisée en est une importante. En Chine, un système de crédit social est mis en place en ce moment, où les citoyens sont notés et ont accès ou non à certains services en fonction de leur note.

Joelle Pineau pense que ce n’est pas un nouveau problème relevant les scores que les sociétés d’assurance font sur les clients. « Il y a une balance à avoir, et il faut qu’il y ait des balises pour s’assurer qu’on fait bon usage des données ».

Avant de partir, j’ai parlé à Mme Pineau de micropuces et de transhumanisme dont la mise en place est étroitement liée à l’IA.

Pour elle, nous ne sommes pas condamnés à devenir des « chimpanzés du futur » comme l’avait prédit le cybernéticien Kevin Warwick.

« J’ose espérer qu’on vit dans une société tolérante qui respecte les différents choix et modes de vie ».

Intelligence humaine ou artificielle, la décence doit être le maître-mot.
 

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