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Un sombre triangle amoureux

Trahison pièce présentée au théâtre du Rideau vert
Photo courtoisie Julie Le Breton et Steve Laplante

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La pièce de l’auteur britannique Harold Pinter, présentement à l’affiche au Théâtre du Rideau Vert, transporte ses spectateurs dans une sombre histoire de trahison. En fait, les trahisons sont si nombreuses que l’on pourrait se questionner à savoir qui est la personne la plus malhonnête dans ce triangle amoureux. Celui qui est trahi ou bien celle qui est à l’origine de la trahison ?

Rien de très rigolo pour clôturer la saison du Théâtre du Rideau Vert. L’univers de Betrayal écrit en 1978 est sombre, les mensonges sont omniprésents tout comme les faux-semblants. C’est ce qui arrive malheureusement lorsque deux hommes aiment une même femme et que ces deux hommes sont de très grands amis. Dans ce drame, où l’amour, l’amitié et l’infidélité s’entrecroisent, on s’enfonce à ne plus savoir ce que l’on fait. On comprendra que personne ne veut perdre quoi que ce soit, au point de s’accrocher à ce qui n’est plus, au risque de vivre de façon malheureuse.

La pièce s’ouvre sur une discussion entre Emma (Julie Le Breton) et son ancien amant, Jerry (François Létourneau) qu’elle n’a pas vu depuis deux ans. En l’absence de décor, on devinera qu’ils se trouvent dans un bar. C’est elle qui a demandé à le revoir après avoir appris que son mari Robert (Steve Laplante) l’avait trompé à maintes reprises pendant plusieurs années. Mari et femme sont sur le point de rompre. Durant cette conversation froide, on feint l’indifférence. On comprend principalement qu’Emma et Jerry, ce dernier étant aussi le meilleur ami de Robert, ont été amants pendant sept ans, alors qu’ils avaient tous les deux des conjoints et des enfants. Elle apprendra également à Jerry que son mari est désormais au courant de leur liaison secrète.

La pièce, qui se joue à rebours, nous fera découvrir, peu à peu à quel point ces trois individus ont vécu en cumulant les mensonges et les trahisons les uns envers les autres. Il n’y a pas de gagnant ici, mais bien trois perdants.

Des dialogues forts

Ce qui fait la force de cette pièce, ce sont les dialogues teintés de sous-entendus. Steve Laplante qui incarne le mari trompé s’en sort particulièrement bien dans ses propos dominés par le cynisme. On comprend d’emblée qu’il en sait plus que ce qu’il prétend savoir. Quant à Julie Le Breton, toujours aussi brillante sur scène, elle interprète cette fois une femme froide, envahie par le manque d’assurance.

Heureusement, on a pensé à projeter les dates sur les murs du décor, puisque les scènes se succèdent sous forme de tableaux. Tantôt dans un hôtel, puis dans un appartement loué par les deux amants. Entre les différents lieux et une histoire qui bascule, peu à peu, jusqu’à neuf ans en arrière, au moment où l’aventure extraconjugale a débuté, on pourrait avoir du mal à s’y retrouver.

Bien qu’une histoire bâtie essentiellement autour d’un triangle amoureux puisse encore avoir sa place aujourd’hui, disons que l’on peine à croire à celle-ci. Sans doute en raison du manque de réactions, lesquelles sont habituellement beaucoup plus vives lorsque l’on aime véritablement.


► À l’affiche au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 9 juin