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Faire du pouce sur le dos de Montréal

Faire du pouce sur le dos de Montréal
MARIE-ÈVE PHANEUF/AGENCE QMI

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Réuni en congrès en fin de semaine avec les militants et militantes de son parti, François Legault a affirmé que la ligne rose du métro de Montréal ne verrait pas le jour sous un gouvernement de la Coalition avenir Québec.

Il s’agit d’une drôle d’annonce. Que gagne François Legault à dire qu’il est contre ce projet? Après tout, péquistes et libéraux ne se sont convertis que récemment aux vertus du projet. Ils savent qu’il est bien plus facile de dire non après l’élection, prétextant l’état des finances publiques ou d’autres urgences, que de se mettre à dos l’électorat montréalais le 1er octobre.

Les contorsions que font les libéraux au sujet du troisième lien à Québec illustrent très bien cette façon de faire: ils savent parfaitement que le projet coûterait une fortune, qu’il prendrait des années et surtout qu’il n’aiderait en rien à réduire la congestion. Mais il est beaucoup plus facile de faire porter ce message à un comité d’experts ou à un bureau de projet après l’élection que de le défendre maintenant devant les électeurs de Québec, dont les libéraux ont besoin pour rester au pouvoir.

Alors, pourquoi se mettre dès maintenant les électeurs et les électrices montréalais à dos? François Legault n’a que peu de chances de faire élire des députés ou des députées sur l’île de Montréal. Ses espoirs reposent principalement sur les candidatures de Richard Campeau dans Bourget et de Chantal Rouleau dans Pointe-aux-Trembles. Il s’agit dans les deux cas de circonscriptions qui ne sont pas situées le long du trajet envisagé de la ligne rose, mais les citoyens et citoyennes qui s’y trouvent ne verront pas nécessairement d’un bon œil un parti qui semble dénigrer le transport en commun dans leur ville en général. La CAQ ne perd peut-être pas grand-chose à fermer la porte à la ligne rose, mais y gagne-t-elle quelque chose?

François Legault a choisi de faire cette sortie parce qu’elle lui donne une occasion de fissurer l’électorat de ses partis rivaux. Ce n’est pas à Montréal qu’il s’adresse avec cette sortie, c’est aux électeurs et électrices des banlieues et régions du Québec. François Legault leur montre qu’ils sont une priorité pour lui, et pas la métropole. Face à lui se trouvent deux partis qui ont à la fois besoin de garder l’appui de Montréal et des électeurs et électrices des banlieues et des régions. La CAQ est le seul parti provincial qui peut gagner les élections sans aucune députation montréalaise. En signalant que le projet le plus important pour Montréal ne l’intéresse pas, il force le PQ et le Parti libéral à défendre chacune de leurs promesses en transport face à ce partage inévitable des ressources entre métropole et campagnes. Chaque fois que Philippe Couillard ou Jean-François Lisée vont annoncer un nouveau tronçon d’autoroute, parce que nos élections se jouent encore malheureusement sur ce genre de choses, les journalistes seront tentés de les questionner sur la provenance des fonds, puisqu’ils se sont engagés pour des milliards pour la ligne rose.

François Legault espère donc de cette façon forcer les libéraux et les péquistes à s’aliéner leurs partisans des campagnes pour conserver leurs appuis urbains. Il n’en a pratiquement pas besoin pour former le gouvernement. Cette tactique de division ne fonctionne pas toujours: Jean Charest a perdu le pouvoir après la crise étudiante et Pauline Marois après la charte des valeurs. Elle a toutefois le mérite de mettre en lumière la faiblesse électorale de Montréal sur la scène nationale, dont parlait d’ailleurs mon collègue Maxime Pelletier sur ce blogue récemment. Les sièges de Montréal ne changent presque jamais de main, et maintenant un parti peut réalistiquement former le gouvernement sans en avoir (comme Stephen Harper il n'y a pas si longtemps). Quand Montréal n’est pas importante pour déterminer la couleur du gouvernement à Québec, casser du sucre sur le dos de la métropole devient une tactique acceptable pour marquer des points dans le reste de la province, et c’est inquiétant.