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La CAQ, au-delà du spin

La CAQ, au-delà du spin
PHOTO DIDIER DEBUSSCHERE

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À 4 mois des élections, la Coalition Avenir Québec tenait son congrès national à Lévis. Comme c’est près de chez moi et que je veux de plus en plus me montrer le minois dans les instances de tous les partis politiques — même si ça me fait encore un peu bizarre d’aller m’asseoir à la table des médias — je suis allé y faire un tour.

D’abord, il faut bien que je vous partage ça, chers lecteurs, maudit que j’aime toujours ça, assister à ce genre d’activités là. Sérieusement, c’est atavique, comment j’aime l’univers politique et comment j’aime les gens qui en font partie. Toute famille confondue !

Je me trouve bien chanceux d’avoir une job qui me permet encore de côtoyer ça... tout en n’ayant plus à composer avec les horaires et le stress qui vient avec ! C’est pas mal plus reposant de suivre un congrès parmi les « scèneux » de corridor que quand on a deux discours à livrer.

Bref, je suis allé au congrès de la CAQ et, je dois bien vous le dire, j’y ai été assez favorablement surpris.

Vases communiquant

On connaît tous le spin à propos de la CAQ : elle serait frère siamois avec le PLQ. Quand on regarde les déplacements vers le PLQ d’anciens proches de cette famille, les Proulx, Barrette et Anglade, on est porté à penser que c’est vrai. Lorsque l’on observe les mouvements dans le sens inverse, on en est encore plus convaincu : Geneviève Guilbault a travaillé en cabinet au PLQ. Éric Girard, Svetlana Solomykina et Nadine Girault ont tous eu des accointances libérales. Youri Chassin aurait bien pu être candidat au PLQ, comme Martin Coiteux aurait pu emprunter l’autre voie.

Bref, quand il s’agit de candidature, le PLQ et la CAQ ressemblent à des vases communiquant entre lesquels les mêmes fluides circulent, principalement poussés par cette force gravitationnelle que représentent les sondages.

On a raison de le dire et de l’écrire, parce que c’est vrai.

Coalition

Le truc qui m’a surpris en fin de semaine, c’est de constater que ça ne se résume pas à ça, la CAQ.

D’abord, à la CAQ, il y a les anciens adéquistes. Éric Caire et François Bonnardel sont les plus flamboyants exemples de cette mouvance et, parmi les militants, on remarque que la méfiance envers l’État qui constituait jadis le fonds de commerce de l’ADQ se porte bien. De même, les officiers de son aile jeunesse ressemblent à des gens qui auraient été très heureux de s’impliquer avec Mario Dumont et Gérard Deltell.

Cela dit, quelque chose qu’on voit moins, de la CAQ, c’est qu’il s’y trouve beaucoup de péquistes, également. Devant ça, je dois dire que j'ai « pogné de quoi », comme chaque fois que je vais y faire un tour.

Il y a François Legault et ses conseillers les plus proches, évidemment, qui viennent du PQ. Ça, c’est assez dur à manquer.

Mais au niveau des organisateurs aussi, les bleus sont très visibles. Il y a bien sûr l’organisatrice en chef Brigitte Legault qui vient du PLC. Pour le reste, toutefois, je me suis surpris à croiser pendant tout mon passage au congrès des gens avec qui j’ai fait mes premières campagnes, au PQ ou au Bloc.

Des gens dont on savait tous qu’ils étaient allés faire un tour de ce côté-là, mais qu’il faut voir au même endroit en même temps pour constater que le PQ a perdu une grosse partie de ce qui le définissait, il y a 15 ou 20 ans. J’ai même rencontré quelqu’un qui, à mes yeux, constitue une légende du mouvement souverainiste. Un ami de mon défunt père.

« Sérieusement, depuis que je suis arrivé ici, j’ai l’impression de participer à un conventum. » C’est la blague que j’ai répétée pendant toute la journée de samedi.

J’ajouterais qu’au nombre d’anciens staffers péquistes que j’entends dire qu’ils n’hésiteront pas à envoyer leur CV pour travailler dans un éventuel gouvernement de la CAQ, je me dis que ça se pourrait que ça ressemble beaucoup à un gouvernement péquiste.

« On est rendu là »

À un moment donné, je discute encore avec quelqu’un que j’ai connu au PQ. Il sera candidat à l’automne. Il me présente un autre militant, qui assiste pour la première fois à une activité de la CAQ. C’est un vieux de la vieille de la commission jeunesse du PLQ, autour de l’époque de Mario Dumont. Il s’exclame : « J’écoutais les discours tantôt. “Il faut battre les libéraux ! Il faut battre les libéraux” ! J’en croyais pas mes oreilles de m’entendre applaudir, mais, oui, on est rendu là. »

Bref, je suis allé au congrès de la CAQ en fin de semaine et si je vous écris un texte pour vous raconter ça et que j’y mets toutes mes compétences d’analyse, mon bagage personnel en politique et l’honnêteté dont je suis capable, je suis bien obligé de conclure que l’esprit de coalition qui se trouve dans le nom de la CAQ, il survit beaucoup mieux que ce que la perception publique à son endroit ne le reconnaît.

Et quand on sait comment la politique apparaît parfois bloquée chez nous, quand on se demande comment on pourrait relancer ça sur de nouvelles bases et faire bouger les clivages qui la structurent présentement, je dois dire que ça fait du bien de voir ces adéquistes, ces libéraux et ces péquistes qui se disent : « OK, on le fait ensemble. »

C’est excitant, sérieux. Et c’est tout un enseignement.

Alternance

Mais pour faire quoi au juste ? Parce que le PQ, qui a déjà été lui-même porteur de cet esprit le faisait pour réaliser un projet aussi révolutionnaire qu’un changement de régime politique. Du côté de la CAQ, ce qu’on propose actuellement, c’est essentiellement un projet d’alternance.

N’empêche. Si l’alternance ne constitue pas un projet de société, faut avouer que ça changerait l’ambiance d’avoir à nouveau un gouvernement qui se considère comme imputable et qui a le Québec pour loyauté première. Ça serait sain de changer un gouvernement qui a politisé la fonction publique jusqu’à trois niveaux sous les sous-ministres. Ça ferait du bien d’ouvrir les fenêtres un peu. Et pour un bon bout de temps.

À la fin, ça se peut que le programme de la CAQ ne vous enthousiasme pas particulièrement. Ça se pourrait également que vous vous demandiez s’ils ont réellement la compétence pour le livrer. Pour rester dans les confidences, je vous avouerais que c’est pas mal mon cas.

Cela dit, je ne ferai pas mon esprit chagrin et je vous dirai comme je le pense que de voir ces gens de tendances si diverses faire le choix de cette action collective pour rapprocher le Québec des désirs qu’ils ont en commun, c’est une bonne nouvelle et un signe de santé pour une démocratie qui en a bien besoin.