/opinion/columnists
Navigation

Le parti du changement

Coup d'oeil sur cet article

« Bonjour, je suis votre nouveau premier ministre. Vous m’avez élu pour faire un grand ménage.

Tout le long de la campagne, vous ne cessiez de répéter “Faut que ça change ! On veut du changement, on veut du changement !”

Eh bien, c’est aujourd’hui que ça débute !

On va commencer par les taxes et les impôts. Vous envoyez beaucoup trop d’argent au gouvernement, ça n’a aucun sens. On va réduire les impôts. Vous êtes d’accord ?

— Oui !!!! On est écœurés de payer !

— Parfait. Mais si vous envoyez moins d’argent au gouvernement, l’État va devoir couper dans ses dépenses. On ne pourra pas continuer à vous offrir tous les services qu’on vous offre. Va falloir faire des choix, c’est mathématique, sinon on va se retrouver dans le trou.

On commence par couper où ? En santé ?

— Non, non, pas en santé, pas avec le vieillissement de la population, voyons ! Il faut de plus de services, pas moins !

— O.K., je vous entends. En éducation ?

— Ben voyons, l’éducation, c’est l’avenir ! Au contraire, il faut ajouter plus de profs, plus de spécialistes, des profs de français pour les immigrants, des orthopédagogues pour les enfants en difficulté, des sexologues, des psychologues, des profs d’informatique pour enseigner le codage, sans oublier les écoles à rénover...

— Parfait, on ne touche pas à l’éducation... On coupe dans les subventions aux entreprises ?

— Ben non ! Au contraire, il faut aider les entreprises à prendre le virage informatique pour pouvoir se battre contre les Facebook et les Google de ce monde ! Il faut créer des emplois en région, aider les médias qui en arrachent, subventionner nos grosses entreprises pour qu’elles soient plus compétitives à l’étranger, protéger nos fleurons...

— O.K., on coupe dans les transports ?

— Avec toutes nos infrastructures qui s’écroulent et nos routes qui tombent en morceau ? Ça serait suicidaire ! Et pour lutter contre les changements climatiques, il faut plus de transports en commun, pas moins !

— Bon... Si on ne touche pas aux dépenses, va falloir augmenter nos revenus. On exploite notre pétrole ? Notre gaz de schiste ?

— Ben voyons ! Et l’environnement ? La beauté de nos paysages ? Y avez-vous pensé ? Moi, des pépines, j’en veux pas dans ma cour ! Des oléoducs non plus, c’est salissant.

— Coudonc, voulez-vous du changement, oui ou non ?

— Oui, on veut du changement ! Du changement, du changement !

— O.K., on change quoi d’abord ?

— Tout ! On change tout ! À commencer par toi, on t’a assez vu. Allez, ouste, dégage !

— O.K., je démissionne, on s’en va en élection.

— Ah non, pas une autre élection ! On vient juste d’en avoir une ! Et tous les partis se ressemblent, c’est du pareil au même. La preuve : vous n’arrêtez pas de vous voler des candidats et de passer d’un parti à l’autre !

De toute façon, ça donne strictement rien de voter, vous nous proposez toujours les mêmes affaires ! »