/opinion/columnists
Navigation

Perdre un ami

Coup d'oeil sur cet article

Je n’ai pas beaucoup d’expérience avec la mort. À part la fois où elle m’a enlevé mon père d’un coup de fusil ou lorsqu’elle est passée près de mon conjoint il y a quatre ans, je ne peux pas dire qu’on se fréquente. C’est bien comme ça. Le plus loin elle se tient, le mieux on se porte. Fourbe, hypocrite, imprévisible, elle fait exprès de nous enlever les meilleurs d’entre nous. Cette semaine, elle m’a pris mon ami Daniel. Je ne comprends toujours pas.

Un champion toutes catégories

Daniel Robin fut un grand Québécois. Il a tellement fait pour le sport ici et dans le monde qu’on ne compte plus les athlètes pour lesquels il s’est donné corps et âme. Double médaillé olympique en lutte libre et en lutte gréco-romaine, Daniel fut un authentique Olympien. Un pur. Convaincu que le sport pouvait sauver un jeune décrocheur, il pestait à chaque nouveau scandale de dopage et contre la « business » des JO, mais il n’a jamais cessé de porter bien haut les valeurs d’excellence de l’olympisme et a donné « le meilleur de soi » dans son sport comme dans la vie.

C’était un champion toutes catégories de la pratique de ces valeurs qui devraient tous nous guider. La maladie qui l’a frappée, le cancer du pancréas, ne lui a laissé aucune chance. Il est parti en trois semaines. Je soupçonne la mort de l’avoir pris de court de peur qu’il la mette K.O. Cela aurait été son genre. Ne jamais se laisser abattre. Toujours se relever.

De la même famille

On blaguait qu’il aurait pu être mon père. Il préférait grand frère. C’était surtout un être d’exception. Bienveillant. De la trempe des trop rares qui vous marquent le cœur à jamais. On n’était pas du même sang, mais cela n’avait aucune importance. Nous nous étions choisis. Nous étions de cette même famille qui tisse des liens d’amitié indéfectibles. Daniel a été présent à chaque grand moment de ma vie depuis 20 ans. Pourtant, je regrette tous ceux qu’on aurait pu avoir. On n’est jamais préparé à un sale coup du destin. La mort, qui nous apprend à « dealer » avec ça ? Même toi, Dadou, tu n’as rien vu venir. Fuck !