/entertainment/opinion/columnists
Navigation

De Gilbert Sicotte à Morgan Freeman

Coup d'oeil sur cet article

La détestable entrevue de Louis-Philippe Ouimet avec le comédien Gilbert Sicotte au Téléjournal de Radio-Canada reste pour moi l’un des moments les plus pathétiques de la dernière saison de télé. J’enrage chaque fois que j’y repense.

Visiblement surpris par les allégations de harcèlement psychologique rapportées par quelques étudiants du Conservatoire d’art dramatique, le pauvre Sicotte s’est retrouvé à court de moyens et surtout à court de mots devant l’assaut bien préparé de ce reporter mué en témoin à charge.

A priori, il semble n’y avoir rien de commun entre « l’affaire Sicotte » et ce qui risque de devenir l’affaire Freeman. Je ne veux surtout pas qu’on fasse d’amalgame entre les deux, ce que le reportage de Radio-Canada a contribué à faire avec Sicotte, puisqu’on était en pleine tempête Weinstein­­­.

Après une remarque de Morgan Freeman qu’elle a considérée comme sexiste, Chloe Melas, journaliste à CNN, s’est lancée dans une enquête et a trouvé 16 femmes pour dire que Freeman avait eu un « comportement inapproprié » à leur endroit. Huit seulement ont accepté qu’on rapporte leurs propos, la plupart ne voulant pas que l’on révèle leur identité.

DES FARCES DE MONONCLE

Aucune d’entre elles n’a été agressée. Quant aux allégations de harcèlement, presque toutes ont mentionné des « regards insistants » ou ce que nous appelons au Québec des « farces de mononcle ». Quelques-unes rapportent des compliments qui manquent peut-être de subtilité, mais qui sont anodins.

Depuis, l’acteur, stupéfait de ce qu’il lui arrive, s’est confondu deux fois en excuses. « Je suis dévasté à l’idée que 80 années de vie risquent d’être détruites en un battement de cils, a-t-il déclaré. Ce n’est pas juste de comparer d’horribles incidents de viol à des commentaires déplacés ou de l’humour­­­ ».

Je ne connais pas Morgan Freeman que j’ai vu et revu au cinéma et à la télé. À l’écoute de ses excuses et après avoir regardé le reportage et les commentaires à CNN, je ne peux m’empêcher de penser que l’acteur hollywoodien, tout comme Gilbert Sicotte, est victime d’un comportement devenu obsolète. Freeman dans ses rapports avec les femmes et Sicotte dans ses rapports avec les étudiants. Des comportements qu’un certain féminisme et que la pédagogie actuelle criminalise sans pourtant qu’ils ne le soient dans aucun code criminel.

QUELLE EST LA PLACE DES HOMMES ?

Le féminisme victimaire et agressif qui s’est propagé grâce aux réseaux sociaux émascule auteurs et humoristes, muselle chroniqueurs et panellistes, expurge cinéma et télévision­­­. Il inhibe les créateurs de sexe masculin, mais, plus grave encore, il jette les hommes dans le désarroi.

« Alors que la place des hommes dans le monde n’est plus très claire, rapporte l’essayiste française Laetitia Strauch-Bonart, on leur demande de s’adapter immédiatement et radicalement. Je suis frappée, écrit-elle, que la masculinité ne soit invoquée aujourd’hui que quand elle est toxique. »

Madame Strauch-Bonart, qu’on peut voir à la télévision française et lire dans le magazine Le point et la revue Phébé, vient de publier à la maison d’édition Fayard un essai intitulé Les hommes sont-ils obsolètes ?.

Toutes les égéries du féminisme radical dont les réseaux sociaux nourrissent la flamme auraient intérêt à le lire. Elles y apprendraient, sûrement avec surprise, que les nombreuses études sur lesquelles Madame Bonart s’appuie prouvent le déclin irréfutable de la condition masculine à l’école, dans la famille et sur le marché du travail. Quel beau sujet de film pour Denys Arcand !