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Mozambique: 10 personnes décapitées lors d’une attaque attribuée aux islamistes

Mozambique: 10 personnes décapitées lors d’une attaque attribuée aux islamistes
Photo d'archives, AFP

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Dix personnes, dont deux adolescents, ont été décapitées dans l’extrême nord-est du Mozambique lors d’une nouvelle attaque meurtrière attribuée à un groupe de musulmans radicaux qui défie depuis des mois les autorités du pays.

Selon la police, l’attaque a visé dimanche aux premières heures du jour la population de deux petits villages de la province du Cabo Delgado, non loin de la frontière avec la Tanzanie.

«Dix personnes ont été tuées dans des conditions atroces. Les assaillants ont utilisé des armes blanches, des machettes», a précisé un porte-parole de la police, Inacio Dina, lors d’une conférence de presse à Maputo.

Parmi les victimes figurent deux adolescents âgés de 15 et 16 ans, a précisé M. Dina.

«Personne n’a encore été arrêté en relation avec cette attaque», a ajouté le porte-parole, «mais la police est sur les lieux pour retrouver ses auteurs et les présenter à la justice».

Selon plusieurs sources locales interrogées sous couvert de l’anonymat par l’AFP, ces attaques sont l’oeuvre d’un groupe islamiste radical connu sous le nom de «al-shabab» («les jeunes» en arabe), qui a émergé il y a plusieurs mois.

Dans la nuit du 5 octobre dernier, des dizaines de ses membres armés avaient pris d’assaut le commissariat de police et une caserne de l’armée dans la ville de Mocimboa da Praia, dans la même province du Cabo Delgado.

La police n’avait pu reprendre le contrôle de la ville qu’au bout de deux jours de combats, qui s’étaient soldés par la mort de deux policiers, d’un chef local et de 14 «assaillants».

«Signe inquiétant»

La police et le gouvernement affirment depuis des mois avoir rétabli l’ordre. Mais des violences attribuées à ce groupe, dont les membres se cachent dans la forêt, continuent à agiter la région, proche des énormes champs gaziers récemment découverts au large des côtes mozambicaines.

L’opération menée dimanche était l’oeuvre de ce «même groupe», a confirmé Inacio Dina, sans donner plus de détail.

Elle «visait le chef du village parce qu’il avait fourni des informations à la police sur l’endroit où le groupe était caché», a expliqué à l’AFP une source locale.

«Cette attaques constituent un signe inquiétant de détérioration de la situation», a estimé à l’AFP le spécialiste Eric Morier-Genoud, de l’université de Belfast. «Leur rythme semble s’intensifier et les méthodes semblent se radicaliser», a-t-il ajouté.

Plus de 300 personnes soupçonnées d’être proches de ce groupe ont été arrêtées depuis octobre. La procureure générale du pays, Beatriz Buchili, a affirmé fin avril que 133 d’entre elles étaient actuellement détenues dans l’attente d’un procès.

«La répression du gouvernement a été lourde, et provoqué plus de doléances» de la population, a souligné à l’AFP l’analyste Alex Vines, du centre de réflexion britannique Chatham House. «Certains hauts responsables mozambicains admettent en privé (...) que les inégalités, la pauvreté et le jeu de la politique locale sont largement à l’origine de la situation».

Le Mozambique compte officiellement 17% de musulmans, pas loin du double selon les responsables de leur communauté.

Rapts

Selon de nombreux témoignages recueillis sur place par l’AFP en mars, le groupe «al-shabab» a émergé dans la région du Cabo Delgado en 2014 et prône un islam radical.

De nombreux habitants accusent ces islamistes d’avoir procédé depuis octobre à plusieurs dizaines de rapts, en majorité des femmes, à l’image des enlèvements pratiqués à une échelle nettement supérieure par le groupe islamiste Boko Haram au Nigeria.

Les autorités mozambicaines se refusent cependant à confirmer cette vague de kidnappings.

Elles accusent le groupe de vouloir «renverser l’ordre établi» mais répugnent à les désigner comme des «islamistes» et assurent qu’ils n’ont aucun lien avec les «shabab» éponymes qui sèment la terreur en Somalie à grands coups d’attentats.

Dans une étude publiée la semaine dernière, l’universitaire mozambicain Joao Pereira a toutefois affirmé qu’une quarantaine de membres de ce groupe avaient été «entraînés par des mouvements qui opèrent dans la région des Grands Lacs d’abord, ensuite en Somalie et au Kenya».

Ces violences interviennent dans une partie du Mozambique largement oubliée par l’essor économique des années 2000, qui a suivi la guerre civile meurtrière de 1976 à 1992.

Sa population redoute aujourd’hui de ne percevoir que des gouttes de la pluie de pétrodollars attendue des énormes gisements de gaz tout proches, découverts au large de Palma.

Privé d’aide internationale depuis 2016 pour avoir caché une partie de sa lourde dette, le gouvernement de Maputo compte sur l’exploitation de ces ressources pour rétablir sa délicate situation financière et relancer son économie en crise.