/opinion/blogs/columnists
Navigation

La crise italienne, une crise de banquiers

La crise italienne, une crise de banquiers
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Les titres des journaux québécois sont alarmistes en regard de l’incapacité des institutions italiennes à former un gouvernement. Les médias locaux ne le sont pas moins, mais les italiens vaquent à leurs occupations habituelles sans trop s’en soucier.

J’avais déjà remarqué pareille attitude chez les Grecs au pire moment des tensions avec l’Europe, confortant ainsi l’idée que les premiers à s’exaspérer de ces crises politiques sont les banquiers et les investisseurs. La formation du gouvernement proposée par la Ligue du Nord et le Mouvement 5 étoiles aurait de toute façon généré les mêmes inquiètudes et turbulences dans les marchés. Il semble que pour les banquiers et investisseurs, le peuple se soit trompé lors des dernières élections en succombant aux appels d’un parti polpuliste  contraint de faire alliance avec l’extrême droite italienne.

La dette italienne correspond déjà à 125% du PIB et les paramètres sur lesquels s’entendaient la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, ne pouvaient qu’empirer la situation. Cet éventuel gouvernement voulait à la fois baisser significativement les impôts et en même temps accroître les dépenses d’État. En cela, les Italiens nous ressemblent, quand on constate notre propension à exiger toujours plus de l’État tout en grognant sur les impôts que nous voudrions voir baisser.

Comme chez nous, le poid de la dette affecte la cote de crédit et c’était le principal souci du président italien, Sergio Mattarella, de favoriser la formation d’un gouvernement qui mitigerait les inquiétudes déjà très grandes depuis les élections législatives de mars dernier. Dans le jargon européen, on parle d’un spread qui se creuse de façon spectaculaire avec l’Allemagne, entraînant du coup une flambée des taux d’intérêt qui pourrait faire mal à l’économie italienne et par conséquent à celle de l’Europe. Dans la conjoncture actuelle, c’était mission impossible pour le président d’arriver à satisfaire les banquiers et les deux partis politiques. Il n’est pas assuré que d’autres élections pourront permettre de résoudre l’impasse, alors que les sondages révèlent sensiblement les mêmes tendances.

Différemment de la Grèce où c’est un gouvernement de gauche  sous la direction d’Aléxis TsÍpras qui avait recuelli la faveur populaire et qui ultimement a dû faire des concessions à l’Union européenne pour le règlement de leur dette, le Mouvement 5 étoiles est sans obédience idéologique et anti-système. Il attribue les problèmes de l’Italie aux lobby des banquiers et aux institutions européennes dont il voudrait libérer le pays des diktats.  Il n’est toutefois pas certain  qu’ils réussirait mieux à faire obstacle aux exigences des institutions européennes et internationales et que leur base électorale ne s’effriterait pas avec  l’ampleur des concessions éventuelles.

Il ne serait donc pas surprenant que l’extrême droite et la droite décomplexée de Berlusconi puisse profiter de cet impasse et qu’elles se retrouvent pour former le gouvernement après les prochaines élections. Ce jour là, les banquiers et les investisseurs cesseront de s’inquiéter car la crise sera devenu le souci du peuple.