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Québec ouvre les vannes pour la cryptomonnaie

Des tarifs d’énergie différents et d’autres balises sont sur le point d’être établis

Le minage de cryptomonnaies pourrait absorber une grande partie des surplus hydroélectriques. Sur la photo, un technicien de Bitfarms entretient les serveurs de l’entreprise à Saint-Hyacinthe l’hiver dernier. La PME québécoise de chaîne de blocs et de minage compte 90 employés dans quatre sites.
Photo courtoisie Le minage de cryptomonnaies pourrait absorber une grande partie des surplus hydroélectriques. Sur la photo, un technicien de Bitfarms entretient les serveurs de l’entreprise à Saint-Hyacinthe l’hiver dernier. La PME québécoise de chaîne de blocs et de minage compte 90 employés dans quatre sites.

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Le gouvernement Couillard va lever son moratoire sur la vente d’électricité aux mineurs de cryptomonnaies, une industrie assoiffée d’énergie qui pourrait absorber une grande quantité des surplus énergétiques d’Hydro-Québec, a appris Le Journal.

Le ministre de l’Énergie, Pierre Moreau, présentera aujourd’hui à ses collègues un décret qui encadrera la vente d’énergie aux mineurs de bitcoins et autres cryptomonnaies, une technologie qui nécessite des ordinateurs puissants et énergivores, selon une source bien informée.

Selon les informations recueillies par notre Bureau parlementaire, Québec veut éviter de rater le bateau des cryptomonnaies et ne peut plus attendre.

La question n’est pas anodine. Plus d’une centaine d’entreprises dont la consommation énergétique dépasse les 10 TWh ont fait des demandes d’achat d’électricité chez Hydro-Québec. Elles attendent la fin de l’impasse politique pour avoir une réponse de la société d’État.

En comparaison, les surplus récurrents d’Hydro-Québec sont d’environ 13 TWh, selon les données rapportées dans le plus récent rapport de la vérificatrice générale.

Hydro-Québec n’a jamais prévu pareille embellie. En janvier, le PDG Éric Martel disait dans une entrevue au Journal qu’il prévoyait vendre près de 5 TWh à ce secteur d’ici les prochaines années.

« Cet article a été traduit par plein de sites spécialisés en cryptomonnaies, ça avait circulé énormément. Il y a eu une couverture médiatique internationale, ça a donné un souffle supplémentaire. Au début, on se dit “c’est le fun, des clients”. Mais vient un point où il y a trop de demandes », note Marc-Antoine Pouliot, porte-parole chez Hydro-Québec.

« Délestage forcé »

Pierre Moreau a alors mis le holà et a installé un quasi-moratoire. Il disait en février qu’il fallait « s’assurer d’encadrer ce type d’entreprise, pour éviter qu’Hydro-Québec ne voie l’ensemble de ses capacités de production absorbées ».

Son décret, qui touchera la Régie de l’énergie et Hydro-Québec, établirait des tarifs différents pour le minage de cryptomonnaies et permettrait à Hydro-Québec de faire du « délestage forcé », c’est-à-dire de couper les vivres à ces entreprises durant les 100 à 300 heures par année où le réseau électrique québécois est au maximum de sa capacité.

« Avoir des clients interruptibles lors de ces périodes critiques permet d’en brancher davantage », indique le porte-parole d’Hydro-Québec Marc-Antoine Pouliot, qui ne peut confirmer la teneur du décret ministériel.

Hydro-Québec s’est donné pour mandat « d’assurer l’implantation des cryptomonnaies au Québec en maximisant les retombées économiques et en assurant la stabilité de nos approvisionnements en électricité ». « Ça fait longtemps qu’on attend », confirme M. Pouliot.

La Coalition avenir Québec demande d’ailleurs au gouvernement Couillard de bouger depuis un certain temps. « Le ministre Pierre Moreau laisse passer des projets d’investissements importants pour la province », disait la députée Chantale Soucy au début du mois.


Plus de 100 entreprises qui consommeraient plus de 10 TWh attendent une réponse d’Hydro-Québec.

  • Le forage de cryptomonnaies nécessite des ordinateurs puissants pour effectuer des calculs complexes en échange d’un gain monétaire. Dans le cas du bitcoin, la plus connue de ces cryptomonnaies, les mineurs reçoivent une petite fraction du bitcoin.
  • La technologie du « block chain », ou chaîne de blocs, pourrait révolutionner le stockage et la transmission d’informations.