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Une décision courageuse

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Justin Trudeau vient de prendre la décision la plus difficile de son mandat. Il avait déjà affirmé que le projet de pipeline Trans Mountain devait se réaliser. Il vient de prendre les grands moyens pour y arriver.

Je dois dire que je ne suis pas naturellement chaud pour le modèle choisi. Investir 4,5 milliards de fonds publics dans un projet qui devrait être privé. Faire gérer une immense opération de construction par le gouvernement. Voilà des motifs d’inquiétude pour tous ceux qui sont réticents à voir l’État patauger à deux mains dans l’économie.

Le risque financier pour le gouvernement canadien est considérable. Et quand on lit le rapport du Vérificateur général sur le système de paye Phénix, on peut se demander si le gouvernement qui est incapable de sortir les chèques de paye sera le champion pour bien construire un oléoduc.

Forcé d’agir

Tout semble indiquer que le gouvernement Trudeau n’avait toutefois pas beaucoup le choix. Le promoteur Kinder Morgan avait déjà annoncé qu’il cessait les travaux. L’opposition du gouvernement de Colombie-Britannique­­­, les recours devant les tribunaux, les autochtones, les écolos, il y avait trop de risques à l’horizon d’être incapable de mener à bien le projet. Ils ont tout arrêté et cessé d’y pomper plus de fric.

La situation politique en Colombie-Britannique est au cœur du casse-tête. La province est gouvernée par une coalition fragile. Les 41 députés du NPD se sont alliés aux 3 verts pour gouverner devant les libéraux, qui sont 42. Donc, les verts détiennent la balance du pouvoir et tiennent le premier ministre Horgan par un endroit sensible. S’il dit oui au projet, son gouvernement tombe.

Pour justifier l’investissement de 4,5 milliards, il faut mettre dans la balance l’autre risque financier. Les pertes énormes découlant de la vente à prix trop bas du pétrole albertain. Le fait que ce pétrole soit enclavé et ait difficilement accès au marché entraîne annuellement des pertes de milliards, pas seulement pour l’Alberta, mais aussi pour tout le Canada. La péréquation n’est qu’une des façons par lesquelles nous, Québécois, bénéficions de ces retombées.

Les revenus aux gouvernements liés à la construction de Trans Mountain et à ses vingt premières années d’opération sont estimés à 47 milliards $. Un gouvernement du Canada peut-il vraiment cracher là-dessus ? C’est ce que Justin Trudeau appelle un projet d’intérêt national.

Courage

La décision de Justin Trudeau a toutes les caractéristiques d’une décision courageuse : des risques importants, une avalanche de critiques et une portée à long terme. Quand je dis long terme, monsieur Trudeau devra vivre avec cette décision et ses conséquences pendant des années, et cela inclut la prochaine campagne électorale.

Justin Trudeau avait obtenu l’appui de beaucoup d’idéalistes et d’écologistes. Sans s’opposer aux oléoducs, il critiquait les méthodes de consultation sous Stephen Harper. Les écolos qui avaient aimé son discours déchantent maintenant. S’ils retournent à ses assemblées politiques maintenant, ce sera à titre de manifestants.

Mais c’est cela, gouverner. Prendre des décisions ardues et les assumer.